Ces œuvres qui ont abordé les thématiques du VIH et du SIDA à la télévision

Alors que le grand écran vit actuellement au rythme de 120 Battements Par Minute, Encyclosérie vous propose une rétrospective non-exhaustive des productions télévisuelles qui, au cours de ces 30 dernières années, se sont penchées sur le plus épineux sujet de la fin du millénaire passé.

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Al Pacino et Meryl Streep dans Angels In America (2003) de Tony Kushner (HBO)

Lorsque l’on parle de séries qui ont brisé les tabous à la télévision sur le VIH et le SIDA, il est normal de penser directement  à des shows comme Urgences, OZ ou Queer As Folk qui ont (certes) contribué à sensibiliser le grand public sur le sujet. Pourtant, un bon nombre d’œuvres moins branchouilles se sont penchées sur cette problématique bien avant, témoignant ainsi de l’évolution des mentalités face au virus.

Le VIH et le SIDA sur les écrans : des années 80 à nos jours

Il faut remonter en 1985  pour assister à la diffusion de la première fiction centrée sur le SIDA à la télévision américaine, soit quelques années après son apparition. Intitulé An Early Frost (Un Printemps de Glace en français), ce téléfilm réalisé par Jon Erman s’adresse à un large public souffrant d’un fléau presque aussi dangereux que la maladie elle-même : la désinformation.  En effet, à l’époque, pour « monsieur et madame tout le monde », le SIDA était ce cancer d’homosexuels qui pouvait s’attraper d’une simple poignée de main. Il n’est, dès lors, pas étonnant d’avoir la sensation d’assister à un mauvais cours d’SVT à l’écoute de certains dialogues de cette production, qui assura un rôle que la plupart des grands médias d’information de l’époque se refusait toujours d’assumer.

La chaîne NBC ne le sait pas encore, mais en diffusant le téléfilm (qui lui aura fait perdre 500 000 dollars en recettes publicitaires tant les annonceurs étaient réticents à l’idée d’associer leurs images à cette thématique), elle s’apprête à lancer un mouvement toujours d’actualité aujourd’hui. En effet, en 2017, il reste compliqué (voir impossible ) d’aborder un tel sujet dans une œuvre de fiction indépendamment de tout caractère éducatif. Et il y a fort à parier que cela demeurera le cas en l’absence d’un vrai remède.

On a clairement vu des téléfilms et séries plus subtiles et percutants que An Early Frost au cours de ces trente dernières années, mais son seul statut de précurseure méritait que l’on s’y intéresse. Il faut également souligner la performance des comédiens (Aidan Quinn, D.W. Moffett, Sylvia Sidney ainsi que Gena Rowland et Ben Gazarra, acteurs fétiches de John Cassavetes spécialement réunis pour l’occasion) qui arrivent à insuffler du corps à des dialogues très premier degré (le scénario, signé Rob Cowen et Daniel Lipman, a dû passer 13 fois par la case « réécriture » avant d’être validé par la chaîne).

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Aidan Quinn et Gena Rowland dans An Early Frost (1985). NBC

An Early Frost sera diffusé le 11 Novembre 1985 et rassemblera 34 millions de curieux devant les écrans. Six jours plus tard, le président Reagan prendra pour la première fois la parole sur le sujet de manière publique, rompant ainsi avec des années de silence (qui lui seront reprochées par beaucoup d’œuvres citées dans cet article). Grâce à ce réveil politique tardif, de vrais moyens vont être débloqués pour la recherche contre le VIH et  les tabous entourant le virus commenceront à tomber petit à petit.

La maladie dans les shows des années 80

Suite à An Early Frost, seule une poignée de « séries-télé mainstream » oseront aborder le sujet le temps d’un épisode. On peut, par exemple, citer St. Elsewhere (1982-1988), show médical diffusé sur NBC. Cet ancêtre de Urgences et Grey’s Anatomy, décide de profiter du départ de l’un de ses acteurs phares (Mark Hamon, actuel Gibbs dans NCIS) pour développer une storyline voyant son personnage, le docteur Robert Caldwell, contracter le virus après s’être fait violemment poignarder le visage par une prostitué cinglée (bienvenue dans les années 80). Certes, le chirurgien quittera la série juste après avoir été diagnostiqué, pour succomber à la maladie deux saisons plus tard (hors caméra), mais toujours est-il qu’il s’agit là du premier personnage régulier de l’histoire de la télévision à se voir atteindre par le VIH.

Dans un tout autre genre, la sitcom familiale Mr. Belvedere (1985-1990 sur ABC) se donne pour mission d’informer un très jeune public, à savoir les moins de 15 ans, sur le sujet en le faisant entrer dans le quotidien d’une école primaire. L’intention est noble et le résultat assez audacieux compte tenu du genre et de l’époque, même s’il est difficile de ne pas trouver certaines répliques déconcertantes lorsque l’on regarde l’épisode avec les yeux d’un téléspectateur de 2017 (oui, il s’agit bien du style de séries dont le format « rires pré-enregistrés » oblige les scénaristes à faire des blagues toutes les 10 secondes).  Parmi les autres œuvres qui se pencheront sur cette thématique en 1986, on retrouve Hotel sur ABC (que l’on pourrait pitcher comme étant La Croisière s’amuse version palace) et Hill Streets Blues sur NBC (show policier sur lequel officia Mark Frost avant d’atterrir à Twin Peaks).

 

 

 

 

 

 

Mr. Belvedere de Frank Dungan et Jeff Stein : « Wesley’s Friend » (2.16) diffusé le 31 Janvier 1986 sur ABC (Réa : Noam Pitlik)

Il faudra attendre la saison 1987-1988 (soit celle qui suivit l’été durant lequel la fameuse photo de Lady Di serrant la main d’un séropositif fut publiée dans les médias), pour voir le VIH et le SIDA devenir des thématiques « branchées » à la télévision, pour le meilleur (The Equalizer, Another World,…) et parfois pour le pire.

Parmi le pire, on peut facilement citer Midnight Caller de NBC. Pour sa troisième semaine de diffusion, cette série dramatique a choisi de se pencher sur le cas d’un homme bisexuel et séropositif contaminant volontairement le plus de gens possible juste « parce que ». Alors, certes, à la vue de l’épisode (intitulé After It Happened), force est d’admettre que celui-ci s’inscrit aussi dans cette logique de sensibilisation sur le virus et son mode de transmission, mais dresser un tel portrait de deux communautés (séropositive et LGBT), encore fortement stigmatisées et peu représentées par la télévision de l’époque, est ce que l’on peut qualifier, au mieux, de grosse bourde.

 

 

 

 

Midnight Caller de Richard Delillo: « After It Happened » (1.03) diffusé le 13 Décembre 1988 sur NBC (Réa : Mimi Leder)

Bien que la plupart de ces œuvres se penche sur la thématique avec un regard bienveillant, on se rend compte que toutes sont soumises aux mêmes limites. Dans les années 80, les séropositifs sont encore fortement rattachés à un état de « mourants » pour le grand public et peu de séries oseront gratter sous la surface en développant une intrigue très construite. Les personnages souffrant du virus sont, pour la plupart, juste créés pour l’occasion (à savoir le temps d’un épisode) et ne seront suivis que d’un point de vue externe.Difficile de ne pas y voir là une forme d’hypocrisie (à la télévision? Bizarre !)  en mode « on transmet un message positif pour faire comme Diana, mais il ne faut pas nous en demander davantage ».

De plus, mis à part Hill Street Blues et la sitcom Designing Women (CBS), peu de fictions oseront s’attaquer à un autre tabou : l’homosexualité. Si l’ensemble des médias d’information ne manqueront pas de souligner la forte exposition au virus de cette communauté (frôlant même souvent l’amalgame), les séries, elles, passeront ce sujet sous silence en dressant des portraits de séropositifs abordant les traits de femmes et d’hommes hétérosexuels (généralement infectés suite à une mauvaise transfusion sanguine). On peut être naïf et voir là une volonté de détruire des clichés déjà bien installés dans l’inconscient collectif, ou rester modéré et se dire que cela était principalement dû à l’homophobie encore prégnante dans la télévision de l’époque (certes, An Early Frost, mettait en scène un couple gay, mais un représentant de la chaîne était constamment sur le plateau de tournage pour s’assurer que le réalisateur ne ferait pas l’affront de, par exemple, montrer deux hommes habillés couchés dans le même lit). La vérité se trouve sûrement un peu entre les deux.

 

 

 

Designing Women de Linda Bloodworth-Thomanson: « Killing All The Right People » (2.04) diffusé le 5 Octobre 1987 sur CBS (Extrait)

La banalisation durant les années 90

Il faudra attendre la décennie suivante pour assister à une évolution. Après avoir été, successivement, un sujet tabou puis branché, le VIH ainsi que le risque qu’il constitue commencent véritablement à intégrer le quotidien de la population. Grâce à des groupes tels que Act Up, les campagnes de sensibilisation se multiplient, l’usage du préservatif entre dans les mœurs et les avancées médicales permettront aux personnes atteintes du SIDA de vivre une vie relativement normale à partir de la seconde partie des années 90. Ces progrès trouveront un écho favorable dans la représentation des séropositifs à la télévision. Les barrières tombent peu à peu et plusieurs séries intègrent un personnage obligé de vivre avec le virus au sein de leurs castings réguliers.

Ce mouvement commence en dehors des frontières états-uniennes avec le teenshow canadien Degrassi High. Lors du premier épisode de la seconde saison en 1989,  Dwayne Myers (Darrin Brown) découvre qu’il est atteint du VIH suite à un rapport non-protégé. Cette storyline s’étendra sur plusieurs épisodes au cours desquels le point de vue de ce personnage récurent sera abordé. Il faudra attendre 1991 pour qu’un teenshow américain fasse de même avec Life Goes On, grâce auquel le public pourra suivre le quotidien de Jesse (Chad Low), adolescent affecté dans des circonstances similaires.

De l’autre côté de l’Atlantique, EastEnders  s’impose comme le premier soap opéra du monde entier à aborder le sujet au travers du personnage de Mark Fowler (Todd Carly) en 1990. Sa cousine US, General Hospital, lui emboitera le pas en 1993. Dans toutes ces fictions diffusées de manière quotidienne, la communauté séropositive n’es plus représentée comme « le malade de service introduit le temps d’un épisode histoire de faire pleurer la ménagère » mais bien comme un personnage parmi tant d’autres.

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Jeanie Boulet, personnage emblématique de la série « Urgences » (« ER ») sur NBC

En 1999, la série Urgences (NBC) accueille elle-aussi au sein de son casting, la docteure Jeanie Boulet (Gloria Reuben). Contrairement au chirurgien Caldwell 15 ans auparavant sur la même chaîne, la jeune femme n’est pas contrainte de démissionner à cause de son état ce qui témoigne d’une certaine évolution des mœurs face à la maladie. Encore à ce jour, Jeanie reste l’une des représentantes les plus emblématiques des séropositifs à la télévision.

HIV et Homosexualité dans le Paysage Audiovisuel US : même combat !

Mais les tabous entourant la question de la séropositivité ne sont pas les seuls à tomber au cours de cette décennie. Peu à peu, la communauté LGBT commencera, elle aussi, à trouver des portes drapeaux dignes de ce nom sur le petit écran, notamment grâce à ThirtySomething (Génération Pub en VF). Comme An Early Frost, cette série fera perdre beaucoup d’argent à sa chaîne (ABC) le soir de la diffusion d’un épisode de sa troisième saison en 1989. Au cours de ce dernier (intitulé Strangers), deux hommes torses nus apparurent dans le même lit après une relation sexuelle suggérée, soit une première dans l’histoire de la télévision états-unienne.

Malgré la consigne interdisant aux acteurs (David Marshall Grant et Peter Frechette) de se toucher durant le tournage, la séquence ne manquera pas de susciter une vive polémique sur tout le territoire au point de pousser le network à la couper lors des rediffusions et de l’édition de la série en VHS (ce qui n’empêchera pas les couples  gays et lesbiens de se multiplier par la suite à la télévision).

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David Marshall Grant et Peter Frechette dans « Strangers » (épisode 3.06 de « Thirtysomething »diffusé le 7 Novembre 1989 sur ABC)

Si les associations chrétiennes de l’époque n’avaient pas été autant aveuglées  par ce « terrible spectacle », peut-être auraient-elles remarqué la véritable raison de s’indigner . En effet, au cours de leur conversation post-coïtale, Peter et Ruffus discutaient de SIDA ainsi que de leurs nombreux amis morts de la maladie. Durant cette courte séquence, le scénarise Richard Kramer dresse pour la première fois le portrait d’une communauté dont le traumatisme vécu lors de la décennie écoulée fut totalement passé sous silence.

En 1993, HBO poursuit dans cette lancée en produisant And The Band Played On (Les Soldats de l’espérance en VF). Pour la première fois, on se penchera sur les circonstances de la découverte de la maladie et l’administration Reagan ne manquera pas d’en prendre un sacré coup au cours de ce téléfilm historique  basé sur un essai éponyme de Randy Shilts.

Certes, « tou-te-s les homosexuel-le-s ne sont pas des personnes souffrant de HIV et tous les personnes souffrant de HIV ne sont pas homosexuelles » (cette phrase était-elle nécessaire?), mais toujours-est-il que les destins entourant ces deux communautés ont été fortement liés dans les années 80. A partir du XXIème siècle, un bon nombre de fictions historiques au format court s’inscriront dans la continuité de And The Band Played On en revenant sur ce sujet et cette époque. Encyclosérie vous propose d’en découvrir 4 : deux mini-séries (une états-uniennes et une suédoise)  ainsi que deux téléfilms (dont un franco-belge)

Angels In America (2003) de Tony Kushner et Mike Nichols [États-Unis]

Impossible de faire une telle rétrospective sans parler d’Angels In America. Cette mini-série écrite par Tony Kushner est l’adaptation de la pièce éponyme du même auteur. Diffusés sur HBO en 2003, les six épisodes de cette fresque poétique transportent le téléspectateur dans le New York des années 80. Suite à un enterrement, Prior Walter (Justin Kirk) annonce à son compagnon Louis (Ben Shenkman) qu’il est atteint de ce que les médias nommaient, à l’époque, « le cancer de l’homosexuel ». Commence alors une épopée remplie de mormons barrés, d’anges messagers et de performances de Meryl Streep.

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Emma Thompson et Justin Kirk dans Angels In America (HBO)

Angels In America fait un peu le même effet qu’une vieille photo que l’on découvre dans un grenier. Contrairement à la plupart des œuvres présentées dans cet article, cette mini-série n’a absolument aucune prise de recul sur son sujet et c’est cela qui la rend fascinante. Il aura fallu que deux avions s’écrasent sur des tours en plein Manhattan pour que la pièce originale (écrite dix ans auparavant) revête, bien malgré-elle, une dimension universelle. En effet, à partir de 2001, le monde entier s’est mis  à partager les mêmes interrogations que les communautés séropositive et/ou homosexuelle dont il est question dans l’œuvre de Kushner : la peur de ne pas être en sécurité, la craint d’être au mauvais endroit au mauvais moment ou encore l’incertitude de jours meilleurs à venir.

Plus qu’une série sur le SIDA, Angels In America est donc avant tout un portrait brut de l’Amérique post 11 septembre à savoir une population paumée face à l’épreuve qu’elle traverse et qui ne possède que son histoire comme point de repère. Dès lors, deux réactions possibles : se voiler la face en attendant que les choses redeviennent « comme avant »  ou affronter le présent (à défaut d’un avenir incertain).

Cette cohabitation entre deux époques trouvera une place de choix dans l’ambiance installée par Mike Nicols (on ne compte pas les références faîtes au cinéma d’antan duquel est d’ailleurs issu le réalisateur du Lauréat) ou même dans le casting constitué aussi bien des monstres sacrés Al Pacino et Meryl Streep (qui prêtera ses traits à 4 personnages en tout), que de jeunes acteurs relativement inconnus comme Mary-Louise Parker, Patrick Wilson ou Jeffrey Wright.

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Patrick Wilson et Mary Louise Parker dans Angels In America (HBO)

Mais cette fable devrait surtout rendre nostalgique le public adepte des séries télé du début des années 2000. Aussi bien son côté fantastique très similaire à celui de Dead like Me de Bryan Fuller (oui, c’est une façon gentille de dire que la série a un peu mal vieilli visuellement) que sa bande originale signée Thomas Newman (foncez fans de Six Feet Under) devraient tirer sur une corde sensible chez tous les amateurs du genre.

Sa raison d’Être (2008) de Pascal Fontanille, Véronique Lecharpy et Renaud Bertrand [France/Belgique]

Prenant pour modèle le très long-métrage italien La meglio gioventù (2003) de Marco Tullio Giordanni (Nos meilleures années en VF), Sa Raison d’Être est un téléfilm en deux parties coproduit par la RTBF et France Télévision. Cette fiction suit Bruno et Nicolas, deux vingtenaires issus de milieux très différents, ainsi que leurs entourages respectifs. Au travers des destins de ces personnages, Pascal Fontanille et Véronique Lecharpy offrent une véritable leçon d’histoire sur l’évolution du virus en France, allant de son apparition dans les années 80 à nos jours.

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Bérénice Bejo et Nicolas Gob dans Sa Raison D’Être (Part II) diffusé le 2 avril 2008 sur France 2

Ne vous laissez pas refroidir par le côté « fiction de la télévision française des années 2000 ». Certes, Sa Raison D’Être ne se démarque pas par sa réalisation ou ses dialogues mais se laisse quand même regarder. Le téléfilm a le mérite d’éviter le côté « fourre tout et n’importe quoi » malgré le nombre de sujets variés qu’il aborde.  De l’amalgame VIH/ »cette maladie d’homo » à la responsabilité (pour ne pas dire l’irresponsabilité) de l’administration Mitterrand dans la propagation de l’épidémie , de nombreux tabous seront soulevés. Bien que le scénario frôle parfois le misérabilisme (sans doute à cause de cette volonté omniprésente de sensibiliser), il arrive à éviter certains clichés auxquels on était en droit de s’attendre.

Au final, le seul véritable défaut de ce téléfilm réside dans les perruques grotesques dont sont  affublés les comédiens (on est loin d’un budget US).  Heureusement, le casting constitué de Nicolas Gob (Un Village Français), Michael Cohen (Maison Close), Clémentine Célarié, Nozha Khouadra (Marseille) et Bérénice Béjo (The Artist) sera assez investi dans les compositions proposées au point d’en faire oublier cet aspect cheap et les deux acteurs principaux n’auront certainement pas volé leurs prix d’interprétation au « Festival du Film de Télévision de Luchon » en 2008.

Si on retrouver un désir similaire d’informer le public sur ce pan de l’histoire française dans 120 Battements Par Minute, la présence de scènes de sexe assez crues dans le long métrage de Robin Campillo pourrait constituer un obstacle pour , par exemple, se voir diffusé dans certaines écoles. Sa raison d’Être et son caractère tout public pourrait, dès lors, sonner comme une alternative idéale pour sensibiliser de jeunes adultes sur le sujet.

Don’t Ever Wipe Tears Without Gloves (2013) de Jonas Gardell et Simon Kaisjer [Suède]

Real Humans, Bron, Jordskott,… Depuis 2010, la Suède connaît, au même titre que l’ensemble des pays scandinaves, un véritable âge d’or en terme de productions télévisuelles. Don’t Ever Wipe Tears Withou Gloves ne constitue pas une exception à la règle. Cette adaptation des livres de Jonas Gardell nous fait suivre les vies croisées de Rasmus et Benjamin, deux jeunes homosexuels habitant à Stockholm à une époque où les tubes d’ABBA étaient loin d’être le pire fléau national. La série se divise en trois épisodes aux titres Spoilerifiques : Love, Disease et Death

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Adam Palsson et Adam Lundgren dans Don’t Ever Wipe Tears Without Gloves diffusée en 2013 sur SVT1

De toutes les fictions présentées dans cette rétrospective, il s’agit sans doute de celle qui se rapproche le plus de 120 Battements par minute en terme de traitement. En effet, comme le film de Robin Campillo, Don’t Ever…Without Gloves présente le  destin de l’ensemble d’une communauté au travers de tranches de vie d’un couple formé sous les yeux des téléspectateurs.

Rarement un montage aura été à ce point efficace pour transmettre des émotions au public, enchaînant allers et retours temporels grâce à des flashbacks méticuleusement bien placés. Comme dans Angels In America, un doux parfum de nostalgie plane sur l’ensemble de la série et en sortir indemne relève de la mission impossible.

De plus, l’interprétation des acteurs mérite, elle aussi d’être soulignée. En effet, chaque membre du casting arrive à émouvoir de par la simplicité de son jeu,  ce qui dénote un peu avec le côté Drama propre aux productions américaines.

Don’t Ever Wipe Tears  Without Gloves connaitra un véritable succès d’audiences (34% des téléspectateurs pour le premier épisode) dans le pays d’IKEA. La série triomphera également à Paris en 2013 où elle remportera le prix du public lors du Festival Serie Mania. Malgré cela, elle reste encore inédite dans les pays francophones et il est assez difficile de se la procurer (le meilleure moyen restant la commande du DVD via Amazone)

The Normal Heart (2014) de Larry Kramer et Ryan Murphy [États-Unis]

Est-il encore nécessaire de présenter Ryan Murphy? Avec des séries telles que Nip/Tuck, Glee, American Horror Story, Feud ou American Crime Story à son actif, il serait euphémisant de le décrire comme l’un des auteurs les plus prolifiques que la télévision ait connu au cours de ces deux dernières décennies.  Au vu de son militantisme prononcé envers la cause LGBT, il n’était qu’à moitié étonnant de voir son nom rattaché au projet d’adaptation en téléfilm pour HBO de la pièce de Larry Kramer, The Normal Heart (nom qui sera rejoint plus tard par un casting tout aussi prestigieux composé de Mark Ruffalo, Julia Roberts, Matthew Bomer ou, encore Jim Parsons).

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Mark Ruffalo dans The Normal Heart, diffusé le 25 mai 2014 sur HBO

Écrite en 1985, cette œuvre se penche sur les premiers ravages faits par la maladie aux Etats-Unis. Alors que la plupart des fictions énoncées dans cet article abordent un point de vue très critique vis à vis du corps médical, The Normal Heart a le mérite de rendre hommage au peu de médecins qui se sont dévoués corps et âme pour étudier le virus au travers du personnage de Julia Roberts. Il ne faut pas oublier qu’avant de sensibiliser le grand public sur le VIH, il fallait tout d’abord convaincre la communauté gay (à savoir des hommes qui ont dû se battre pendant des années pour jouir d’une liberté sexuelle) que l’abstinence était le meilleur remède pour éviter que le mal ne se propage.

Les spectateurs qui auront aimé 120 Battements Par Minute pour les scènes traitant des coulisses de l’organisation Act UP devraient adhérer à ce téléfilm, qui se penche sur une association similaire. Ces hommes et ces femmes se sont, pendant de nombreuses années, retrouvés seuls contre tous et il est impossible de visionner The Normal Heart sans finir dans un état de consternation face à l’indifférence de l’administration Reagan dépeinte à l’écran.

Entre les divergences d’opinions, il était souvent compliqué pour ces groupes de défense de rester unis face à l’homophobie normalisée de l’époque et le manque de moyen financier. Un peu comme Sa Raison D’Être, The Normal Heart abordera un ton flirtant souvent avec un misérabilisme très US, ce qui ne constitue jamais vraiment un défaut lorsque le but est de sensibiliser sur un tel sujet. Au final, le mot « bouleversant » suffit à lui-seul pour décrire cette œuvre.

Et maintenant?

Si on s’en tenait aux séries mainstream actuellement diffusées aux États-Unis, on pourrait facilement penser que le VIH et le SIDA sont des problèmes appartenant au passé. En effet, aujourd’hui,  les relations incestueuses, les sérials-killer ou même les gens revenus d’entre les morts sont davantage représentés à la télévision que les séropositifs. Dans les soaps, lorsque deux personnages couchent sans protection, un enfant illégitime a plus de chances d’en résulter qu’un test de dépistage (donnant ainsi un aspect tellement romantique à cet oubli).

Certes, la situation n’est plus aussi alarmante qu’il y a trente ans mais n’oublions pas que (selon les chiffres du CDC) l’on comptait quand même plus d’un million de gens atteints aux États-Unis (dont une personne sur sept l’ignorant) en 2014. En Belgique, près de trois patients par jour sont diagnostiqués séropositifs (contre une vingtaine en France). Une autre étude réalisée par l’UNICEF en 2015 révèle que près d’un étudiant français sur deux n’a pas systématiquement recours au préservatif lors de rapports sexuels (presque 15% ont avoué ne jamais en utiliser)

Dès lors, on est en droit de se demander pourquoi cette thématique, pourtant toujours d’actualité, ne trouve plus de place pour exister dans les médias d’aujourd’hui. Peut-être que le sujet est moins choquant que dans les années 80 ce qui constitue une tare à une époque où le petit écran  préfère jouer la carte du sensationnalisme à tout va? Ou peut-être, au contraire, que la télévision est devenue plus lisse pour aborder ce genre de thèmes et que les networks ont trop peur de bousculer une amérique puritaine encore fortement active lorsqu’il s’agit de protester? Peut-être qu’ils estiment que le tour de la question a déjà été fait ou que les jeunes sont suffisamment sensibilisés ? Peut-être qu’assister au dépistage d’une Blaire Waldorf, d’un Barney Stinson ou d’une Jessica Jones casserait un peu l’ambiance (légère) des séries dont ces personnages sont respectivement issus?

La réponse se trouve sûrement au carrefour de toutes ces hypothèses. Toujours est il que l’instant pour réintroduire le débat dans le paysage audiovisuel semble tout à fait approprié, étant donné que Donald Trump prévoirait depuis plusieurs mois de baisser la contribution financière de son pays dans la recherche contre la maladie.

En attendant, ce silence radio n’a pas la même résonance partout dans le monde. Si les avancées au niveau médical ont permis aux pays occidentaux de pouvoir « passer à autre chose », certaines régions restent encore fortement touchées par le virus. Le Nigeria, par exemple, où plus de trois millions de personnes seraient atteintes et où le caractère religieux encore fort prégnant dans l’identité du pays constitue un frein pour mettre en place une campagne de sensibilisation réellement efficace.

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Femi (Emmanuel lkubuse), l’un des premiers personnages séropositifs de la télévision africaine dans la série Shuga (MTV)

On ne peut, dès lors, que saluer l’audace de la série Shuga qui ose aborder le sujet. Certes, en apparences, ce teenshow, retransmis dans une quarantaine de pays africains via le groupe MTV, ressemble davantage à une télé-réalité d’NRJ12 en terme de production. Pourtant, cette fiction se distingue de par les thèmes sensibles sur lesquels elle se penche comme la violence conjugale, le viol, la prostitution ou encore l’homosexualité, ne manquant pas de créer des polémiques comme An Early Frost ou Thirtysomething à l’époque. Il ne fut donc qu’à moitié étonnant d’assister au partenariat entre la série et plusieurs associations locales de lutte contre le VIH pour proposer des storylines (allant de l’étape du dépistage à celle de l’annonce à la famille) sur cette problématique en vue de sensibiliser les téléspectateurs.

 

 

Fourneau Robin

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2 commentaires sur “Ces œuvres qui ont abordé les thématiques du VIH et du SIDA à la télévision

  1. J’adore ce type d’articles, très instructif !
    C’est vrai qu’en dehors de Philadelphia, je n’aurais pas été capable de resituer la moindre œuvre (et encore moins une série) abordant le thème du SIDA et pourtant, ton déroulé me fait m’apercevoir que j’en ai croisé plus d’une. Tu m’as rendue curieuse d’aller jeter un coup d’œil à quelques autres, également^^

    Aimé par 1 personne

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