Harcèlement sexuel, violence conjugale, viol…. 7 formes de banalisation en série(s)

Alors que la thématique des agressions sexuelles en tout genre n’a jamais été à ce point au centre de l’agora publique, l’heure est à la remise en question. En effet, qu’elles nous aient divertis, émus ou amusés, ces séries ont, souvent malgré elles, véhiculé des messages pouvant prêter à confusion…

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Ce n’est plus un secret pour personne : depuis quelques temps maintenant, les images font partie intégrante de notre quotidien. Qu’on le veuille ou non, échapper aux médias contemporains comme la publicité, la presse écrite ou les réseaux sociaux relève de la mission impossible, et une telle consommation ne reste jamais sans conséquence. En effet, de la même manière qu’un mail qui se balade d’une messagerie à une autre, des centaines de représentations émanent de ces différents supports pour venir s’installer durablement dans le subconscient d’un public souvent peu éduqué à gérer ces informations. La télévision (et plus particulièrement, les séries télé) n’échappent pas à ce phénomène.

De nombreuses études scientifiques viennent confirmer cela. Parmi les plus connues, on pourrait citer celle de Dominique Pasquier (« La Culture Des Sentiments, L’expérience télévisuelle des adolescents », Ed. de la maison des sciences de l’homme, 1999) qui a analysé l’influence de la sitcom « Hélène et Les Garçons » sur la représentation des rapports hommes/femmes que se faisaient le public adolescent de l’époque. Mais pas vraiment besoin d’être un fin sociologue pour se rendre compte que l’image sur l’écran a un impact sur celui ou celle qui la regarde : il suffit juste d’avoir les yeux en face des trous (et accessoirement d’avoir eu un fil d’actualité bourré de vidéos d’Ice Bucket Challenge en 2014)

Alors que, plus d’un mois après son apparition, l’affaire Weinstein et ses conséquences ne désemplissent pas, l’heure est à l’introspection. Il est certain que les médias ont une part de responsabilité considérable dans cette culture du viol qui fait couler tant d’encre aujourd’hui. L’objectif de cet article est simple : tenter de dénicher les différentes représentations qui peuvent poser problème dans les séries populaires diffusées au cours de ces dernières années quitte à parfois enfoncer des portes ouvertes ou à tomber dans un politiquement correct tant décrié par tous les anti-féministes de première heure. Pour ce faire, pas de méthodologie scientifique hyper élaborée, juste de l’observation, de la réflexion, de nombreux (re)visionnages et de beaucoup de subjectivité.

Attention, le but ici n’est pas de tomber dans une discours simpliste et manichéen visant à incriminer ces séries, les scénaristes qui en sont à l’origine ou les téléspectateurs qui ont adoré les découvrir. Tout comme écouter un album de Marilyn Manson n’a jamais transformé personne en meurtrier, regarder un épisode de ces œuvres n’a jamais incité qui que ce soit à se rendre dans la rue pour abuser de quelqu’un. Il est évident que l’on a affaire à un système plus complexe et la solution que je préconiserais à mon modeste niveau n’est en aucun cas l’interdiction de ces séries (qui ne se résument pas à cela) mais un renforcement de l’éducation du jeune public pour aborder les médias avec davantage de recul.

« Se comporter en gros beauf, c’est génial ! »

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Créée par Doug Ellin, Entourage transporte le téléspectateur dans les coulisses d’Hollywood, « ton univers impitoyable ». Vince Chase (Adrian Grenier) est l’acteur bankable du moment. Ses avantages liés à sa célébrité (argent, villas, bagnoles, etc), le jeune homme va les partager avec son frère, Drama (Kevin Dillon), et ses deux copains d’enfance, Turtle (Jerry Ferrara) et Eric (Kevin Conolly).

Depuis sa première diffusion sur HBO en 2004, Entourage n’a jamais cessé de s’attirer les foudres des mouvements féministes pour sa représentation tronquée des femmes. En effet, 9 fois 10, ces dernières adoptent les traits de mannequins lingerie matérialistes acceptant d’échanger une fellation contre un simple autographe. Image, certes, peu reluisante, mais pas beaucoup moins glorieuse que le portrait des hommes dressé par cette comédie. C’est bien simple, ceux-ci apparaissent comme une véritable brochette de beaufs adeptes du bling bling.

A commencer par Drama et Turtle. Durant toute la série, ces deux personnages n’ont qu’un objectif en tête : profiter au mieux de la célébrité et de l’argent de Vince pour se taper le plus de « petits culs » possible. Cette dynamique apparaît dans toute sa splendeur dans Aquamom (S03E01) : alors que le groupe dispose d’un tas de cartons d’invitation pour l’avant-première du nouveau film de l’acteur, les deux compères décident de procéder de la manière la plus archaïque possible. Assis à une terrasse, Drama et Turtle attribuent des notes de 1 à 10 aux passantes et distribuent leurs tickets d’or à celles qu’ils estiment les plus « bonnes » (ce qui flattera grandement l’égo des heureuses élues).  Si Eric et Vince font preuve d’un peu plus de respect vis à vis des femmes et semblent conscients du caractère misogyne de ce comportement, cela ne les empêche pas de rester assis et d’admirer le spectacle en rigolant.

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Mais le sexisme apparaît dans toute sa splendeur au travers du personnage d’Ari Gold (Jeremy Piven), l’agent de Vince. Que ce soit sur son lieu de travail ou dans vie conjugale, ce dernier n’est jamais à court de remarques rabaissantes envers son entourage. A commencer par son assistant, Lloyd (Rex Lee) qui se prend en moyenne trois remarques homophobes par épisode (« ce qui est toujours plus agréable qu’une bite dans le cul »… ce genre de propos par exemple). Ce manque de respect s’étend bien évidemment à ses femmes collègues (pratiquement les seuls personnages féminins dans l’univers d’Entourage qui ne se distinguent par leurs plastiques et que la série dépeint comme froides et castratrices) et plus particulièrement Dana Gordon (Constance Zimmer). En effet, dans chacune de leurs interactions professionnelles, Ari finit systématiquement par faire référence à l’époque où ils étaient amants et ce à coup de remarques humiliantes (Par exemple, dans le cinquième épisode de la seconde saison où Dana refuse de rappeler Ari, celui-ci se montre très clair avec son assistant : « Get Dana Gordon on the phone, tell her assistant that if she does not call me back, I’ll fuck her worse than I did in Cabo in ’92. »… »‘I want you to pass this message along to Dana. Tell her that I still have the pictures from Cancun. Tell her that I’m going to start a website. I’m going to take a full page ad out in the L.A. Times advertising it. Tell her it will be called I’m-a-hollywood-executive-whore dot com, and that no password or fee will be required. Tell her I want a fucking call back! « ) .

Entourage met donc en scène des personnages masculins privilégiés qui, non seulement en ont conscience, mais qui en plus usent et abusent de leurs positions « pour tirer leurs coups ». Cette mentalité digne des pires vestiaires d’après-match ne sera jamais vraiment sanctionnée tout au long de la série. Au contraire, elle sera portée à l’écran de manière amusante, donnant ainsi l’impression que le sexisme est un sujet à plaisanteries.

Certains diront que c’est justement l’angle satirique d’Entourage qui veut cela, que l’on a ici affaire à une énorme private joke qu’il faut accueillir au 38ème degré et qu’au travers de ce manque de sanction, le but est justement de dénoncer le sexisme prégnant à Hollywood. Cela est peut-être vrai vis-à-vis d’un téléspectateur adulte qui dispose de cette grille de lecture, mais rappelons qu’officiellement, la série est seulement interdite au moins de 10 ans et qu’elle était même, à une époque, diffusée l’après midi sur Plug Rtl. (depuis ce sont Les Anges de La Télé Réalité et Secret Story ont pris le relai…ouf!)

De plus, cette ambiance lourde était loin de se limiter au devant de la caméra à en croire les propos d’Alison Brie. En effet, en juillet dernier lors du festival ATX, l’actrice de Community et Glow a révélé l’envers d’une audition qu’elle aurait passé à une époque où elle ne jouissait pas de sa popularité actuelle : “Early in my career, I auditioned for three lines on an episode of Entourage that I had to go on in a bikini! […] Or like, shorts, and the tiniest shorts. And they were like, ‘Okay, can you take your top off now?’

Si vous êtes à la recherche d’une série satirique se moquant ouvertement de l’homme haut-placé abusant de ses privilèges, n’hésitez pas à vous tourner vers The Office ou 30 Rock qui non seulement s’emploient à la tâche avec moins de « subtilité » mais qui en plus bénéficient d’un meilleure travail d’écriture qualitativement parlant.

       « Une relation qui vous détruit est une relation saine et romantique »

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Si on parle énormément de l’éducation auprès des garçons par ces temps troubles, il est également intéressant de se pencher sur l’image du « couple parfait » véhiculée par des soap et teenshow adressés à un public majoritairement féminin (mais pas que).

Durant 6 saisons, Gossip Girl n’a cessé de mettre en avant Blair (Leighton Meester) et Chuck (Ed Westick), couple reposant en grande partie sur la trahison, la fierté mal placée et le mensonge. La relation de ces  deux adolescents friqués commence dès la première saison sous la forme d’adultère, alors que la jeune femme est en couple avec Nate, le meilleur ami Chuck. Quand cette dernière décide de mettre un terme à cette liaison, le bad boy la fait chanter dans un premier temps avant de se venger en dévoilant le pot-aux-roses auprès de toute l’école et détruisant ainsi sa réputation. Désormais seule et moquée de tous (oui, l’univers des teenshows est parfois plus radical et impitoyable que celui de « Game Of Thrones »), Blair se tourne vers l’adolescent. Ce dernier la repousse, prétextant que celle-ci n’est plus désirable maintenant qu’elle a chuté de son piédestal (chute qu’il a lui-même provoquée donc). Cette jolie histoire aurai pu (dû?) marquer la fin de la relation « Bluck » sauf que pas du tout. Au contraire, il s’agira plutôt des préliminaires. Pendant 6 ans, les deux personnages finiront toujours par revenir vers l’autre afin de mieux se mentir, se tromper, se trahir et surtout, se détruire.

Le problème ici n’est pas le fond du scénario. Des histoires d’amour passionnelles et destructrices, cela existe depuis l’invention de la littérature (et tant mieux d’ailleurs, sinon on s’ennuierait un peu). Le malaise se situe davantage au niveau de la forme.  En effet durant son existence, la série dépeint ce jeu du chat et de la souris comme un exemple de relation saine et « choupi ». Pire encore, chaque coup bas que fera subir un personnage à l’autre est vendu comme une étape normale sur le chemin qui les mènera au bonheur et à la stabilité conjugale. Quelle que soit la trahison ou l’humiliation que Blair et Chuck se font mutuellement subir, le téléspectateur sait comment le problème se règlera : dans une folle déclaration d’amour aux mots rédempteurs, saupoudrée par une mise en scène mièvre et la dernière chanson de Rihanna ou Lady Gaga en fond sonore. Des séquences romantiques qui ont dû faire rêver autant de cœurs d’artichauts qu’elles ont dû inspirer des pervers.e narcissique et des maris/femmes violent.e.s

 

 

 

 

 

 

Au final, les choses se terminent de la meilleure des façons pour ce couple « adorable » dans le dernier épisode de la série : après avoir suivi une thérapie chacun de leurs côtés afin de régler leurs problèmes œdipien, Blair et Chuck décident de mettre un terme définitif à leur relation tordue avant de poursuivre leurs chemins mutuels vers l’épanouissement personnel Blair et Chuck se marient et finissent même par avoir un fils (qui lui, devra définitivement passer par la case « psychologue »un jour au regard de la stabilité de la relation qui unit ses parents).

Petit détail qui tue pour la route! Dans le premier épisode de la série, Chuck essaye de violer pas moins de deux filles : Serena, dans la cuisine de son hôtel privé, et Jenny, âgée de 14 ans. Cet acte demeurera totalement impuni jusqu’à la fin (en revanche, trompez votre copain avec son meilleur ami et vous êtes bonne pour vous faire montrer du doigt par toute l’école). Bien sûr ce sera avant que ce dernier ne devienne l’homme idéal de Blair (et par extension, celui de millions d’adolescent.e.s dans le monde), du coup pas de quoi s’inquiéter n’est-ce-pas?

[Réédit (07/11/17) : au lendemain de la parution de cet article, le hasard a fait qu’Ed Westwick (l’interprète de Chuck) s’est à son tour retrouvé accusé de viol par une actrice nommée Kristina Cohen. Déclarations que le comédien s’est aussitôt empressé de démentir. S’il n’est pas question de commenter cette affaire pour la bonne raison que l’on en ignore tous les tenants et aboutissants, certaines réactions provoquées par ce nouveau coup de tonnerre auraient mérité un article à elles-seules. En effet, que ce soit sur Twitter ou sur Facebook, plusieurs commentaires (généralement signés par de jeunes femmes âgées de moins de vingt ans) se rêvaient très sérieusement à la place de l’actrice au moment des faits présumés… Bref, oubliez donc la fin du paragraphe ci-dessus : il y a définitivement de quoi s’inquiéter !]

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Autre exemple de relation problématique dépeinte dans une série (déstinée à un public plus adulte cette fois) : Gabrielle (Eva Longoria) et Carlos (Antonio Chavira) Solis de Desperate Housewives. Durant la première saison, il s’agissait sans doute du couple sur lequel personne n’aurait parié un euro : il lui a proposé de l’épouser pour son physique, elle a accepté pour son argent. Il la considère comme un objet qui lui appartient, elle le trompe avec leur jardinier de 16 ans. Il n’est pas heureux, elle non plus. Bref, un portrait peu idyllique du mariage.

La situation atteindra son paroxysme dans Children Will Listen (S01E18) : alors qu’il doit prochainement aller en prison pour complicité d’esclavage (ha, les soap !), Carlos propose à Gabrielle de signer un contrat post-nuptial la privant de tout revenu dans le cas où celle-ci déciderait de divorcer durant son séjour carcéral. Proposition que l’ex-mannequin refuse, ne manquant pas de le menacer de révéler à la justice toute la vérité sur ses affaires professionnelles s’il continue d’insister (décidément, le chantage semble être un élément indispensable pour atteindre le bonheur conjugal). Contrarié par cette réponse, Carlos décide ni plus ni moins d’avoir usage à la force pour obliger son épouse à poser « sa » signature sur le document. Dans un autre registre, Carlos empêchera également Gabrielle de profiter de son droit de disposer de son corps comme elle le souhaite en falsifiant ses pilules contraceptives après que cette dernière ait refusé d’avoir un enfant. Bref , le véritable prince charmant sous tous les angles!

La scène du contrat (à partir de la 5ème minute):

 

 

 

Ces différentes intrigues peuvent sembler radicales pour un soap « tout public », mais il ne faut pas oublier que la première saison d’une série correspond aux 15 premières minutes d’un film. Dès lors, puisque Desperate Housewives affichait cette prétention d’être « une œuvre féministe qui allait bousculer le patriarcat », il ne fallait pas douter de l’évolution de Gaby dans les chapitres suivants : celle-ci allait sûrement parvenir à s’affranchir de ce mariage malheureux et à s’assumer toute seule, abandonnant par la même occasion, certains de ses défauts comme sa superficialité exacerbée, son matérialisme assumé et son goût prononcé pour le mensonge…Bref, Gabrielle Solis allait devenir un véritable symbole !

Sauf qu’en fait, pas du tout : certes, le couple de Gaby et Carlos prendra du temps à trouver une stabilité mais, comme celui de Blair et Chuck, finira quand même sur une note de happy end. C’est bien simple, le mariage sera lui aussi dépeint comme un exemple de réussite et ce malgré les défauts de Gabrielle. Car, oui, si le caractère sanguin violent de Carlos finira par disparaitre comme par magie (au point de présenter ce dernier comme le mari et père idéal), sa femme, elle, demeurera toujours « LA garce matérialiste par excellence ». Notamment dans la sixième saison où le personnage d’Eva Longoria proposera une journée entière de sexe à son époux dans l’unique but que ce dernier lui achète un chalet à Aspen. Bref, de quoi bousiller définitivement le patriarcat !

Au final, ces deux relations (ainsi que tant d’autres dans le paysage audiovisuel) délivrent le même message de fond : « Quelles que soient la souffrance et l’humiliation que votre partenaire vous fait subir, surtout accrochez-vous, car tout finit toujours par s’arranger » !  Beaucoup (genre « tout être-humain qui a déjà été en couple avec un autre être-humain ») trouveraient sans doute énormément à y redire.

« Le viol est un acte pardonnable »

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Diffusée entre 1997 et 2003 Buffy The Vampire Slayer met en scène une adolescente (Sarah Michelle Gellar) désignée par des forces supérieures pour sauver le monde des vampires et autres monstres rodant dans la petite ville de Sunnydale. Derrière un pitch un peu ringard se cache une œuvre révolutionnaire quant à la représentation des femmes sur le petit écran.  Comme quoi, même les séries féministes ont droit à leurs lots de maladresse.

Durant sa sixième saison (considérée à juste titre comme l’un des plus beaux chefs d’œuvre de la télévision), les scénaristes décident d’abandonner peu à peu la métaphore fantastique pour introduire le plus gros monstre que les héros aient eu à affronter : la réalité. Fini le temps de l’adolescence, place au monde adulte avec ses morts naturelles, ses mariages ratés et ses jobs minables dans des fast food.

Devenue dépressive, Buffy cherche à combler son manque de joie de vivre en se lançant dans une relation purement sexuelle avec Spike (James Marsters), vampire notoirement amoureux d’elle  et qui, un an auparavant, rentrait dans sa chambre en scred pour lui dérober des vêtements ou fabriquait un robot à son image pour assouvir ses fantasmes physiques (creepy vous dîtes?). Reprenant peu à peu goût à la vie, la tueuse décide de mettre fin à cette liaison dans les derniers épisodes de la saison. La situation atteint son point culminant dans Seeing Red (6.19), au cours duquel Spike, commet l’irréparable en tentant de violer celle qu’il n’arrive pas à posséder.

 

 

 

Contrairement à ceux de Gossip Girl, les scénaristes de Buffy The Vampire Slayer n’ont jamais commis l’impaire de traiter la relation unissant l’héroïne et Spike comme saine et normale. On est ici dans l’ordre du romantique gore : celui qui répugne, qui met mal à l’aise et qui n’est pas conçu pour terminer sur une bonne note. Cette scène d’agression s’inscrit donc de manière cohérente (à ne pas confondre avec « excusable ») avec les éléments mis en place en amont par les scénaristes.  Ses conséquences, par contre, sont traitées de manière plus problématiques étant donné qu’elles demeurent quasi inexistantes. A commencer par les trois derniers épisodes de la saison qui se penchent sur une autre storyline (la mort de Tara et ce qui en résulte), occultant totalement les événements dont il est ici question. Peut-être que Marti Noxon et sa bande comptaient développer cette intrigue dans le chapitre suivant (ou peut-être pas).  Quoi qu’il en soit, ce n’est pas de cette manière que les choses se dérouleront.

En effet, à l’époque de sa diffusion, la sixième saison ne connaîtra pas le même succès critique qu’à posteriori : les associations parentales se plaindront de l’ambiance sombre planant sur l’entièreté des épisodes de ce volet et même Sarah Michelle Gellar (connue pour une certaine mentalité conservatrice) déclarera à plusieurs reprises son dégoût vis à vis du traitement infligé à son personnage (pas particulièrement à cause de la scène de viol mais davantage vis à vis de l’état de dépression morbide dans lequel se trouvait Buffy).

Un retour aux sources s’opéra donc pour la septième (et dernière) saison au ton plus aseptisé. Dès le premier épisode, Buffy réapparait joyeuse et pleine de vie, donnant ainsi l’impression que sa mésaventure avec Spike ne lui a laissé aucune séquelle. Mais plus déconcertant encore : sa relation avec le vampire est tout d’un coup traitée d’un angle romanesque qui n’était pas présent dans les saisons précédentes. En effet, à une époque où les scénaristes commençaient à prendre en compte les avis des téléspectateurs sur internet, les fans ne cessaient de crier leur amour pour le couple formé par Buffy et Spike (chose inexplicable tant cette relation n’était absolument pas conçue pour faire rêver). Preuve que le web n’aura vraiment pas apporté que du bon dans l’évolution des séries.

Afin d’expliquer la réinsertion du personnage dans la vie des héros, les scénaristes misent sur la mythologie fantastique du Buffyverse : Spike n’est pas réellement responsable de ses actes vu qu’il y a une part de monstre à l’intérieur de lui.  Désormais doté d’une âme qui l’empêche de faire du mal à autrui, le vampire quitte sa position d’éternel « amoureux transi » de Buffy pour devenir son âme soeur, « le seul qui arrive vraiment à la comprendre ». En retour, la tueuse le protègera, le défendra contre tous ses amis, le sauvera, l’hébergera dans sa maison et ira même jusqu’à dormir avec (même si les deux personnages ne sortiront pas ensemble à proprement parler). L’épisode final se conclut sur la canonisation du personnage étant donné que c’est son sacrifie qui permet à Buffy et ses amis de sauver le monde pour une dernière fois. (Au moins, on a échappé à « ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants »)

Le plus grinçant dans cette affaire? Au début de la cinquième saison, Riley Finn a.k.a « le seul compagnon de Buffy qui n’a jamais essayé de la tuer, de la torturer, de la violer, de l’agresser ou de l’humilier » a dû être expulsé de la série en urgence tant le public trouvait le personnage ennuyeux et inutile. Bref, comme quoi, tel un cercle vicieux, les représentations émanant d’une série ne dépendent pas seulement du bon vouloir des scénaristes mais aussi parfois des attentes d’un téléspectateur un peu maso. Encore aujourd’hui, nombreux sont ceux qui affichent fièrement leur appartenance à la Team Spike ainsi que leurs regrets que la série ne se soit pas terminée sur un happy end pour le «  » » »couple » » » ».

« Un « non » n’en est jamais vraiment un ! « 

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« C’est l’histoire d’un mec qui drague une fille.  Cette dernière décline ses avances. Le mec accepte ce refus et décide d’en rester là. Fin de l’histoire » (Aucune œuvre…JAMAIS!)

Suite au succès de Friends dans les années 90, incalculable est le nombre de séries qui ont tenté de proposer son couple phare !  Vous savez, ces deux personnages faits l’un pour l’autre mais qui se tournent autour pendant plusieurs saisons avant de finalement conclure. Des exemples, il en existe à la pelle: dans Scrubs, quand Elliot (Sarah Chalke) avait une relation avec l’un de ses patients, on savait que c’était voué à l’échec étant donné que le véritable âme sœur de la jeune interne était en réalité son collègue JD (Zach Braff). Dans The Big Bang Theory, quand Penny (Kaley Cuoco) s’énervait contre Léonard (Johnny Galecki) parce ce dernier s’était introduit dans son appartement la nuit, on se doutait que cette colère ne serait pas définitive et que la jeune femme finirait par reprendre sagement sa place de « Love Interest » auprès de son geek de voisin. Dans Smallville, quand le Clark Kent (Tom Welling) adolescent espionnait Lana Lang (Kristin Kreuk) au télescope, on ne trouvait pas ça creepy car on savait que la jeune femme ressentait elle-aussi des sentiments pour ce dernier et qu’elle aurait été sûrement flattée si elle avait découvert ce passe-temps tout à fait normal et pas du tout condamnable par la loi (dans ce cas précis, on savait surtout qu’elle servirait d’amuse-bouche en attendant l’arrivée de Lois Lane, mais ça c’est un autre débat). Bref, pas besoin de faire une liste exhaustive : en vingt ans, le petit écran aura proposé son lot d’histoires d’amour prévisibles et rassurantes.

Trop rassurantes peut-être? En effet, ce schéma est devenu tellement systématique que cela enlève toute sensation que ces séries sont supposées mettre en scène des personnes « réelles », possédant chacune une cohérence psychologique et un libre arbitre : qu’ils le veuillent ou non, ces Ross et Rachel du pauvre finiront casés ensemble et ce dans l’unique but de nourrir les fantasmes du téléspectateur. Cette vision simpliste de l’âme sœur se retrouve même poussée à l’extrême dans How I Met Your Mother où la femme idéale de Ted n’est (principalement) pas incarnée par une actrice tangible mais par le concept-même de « la mère ».

On est donc ici face à un processus de déshumanisation : une histoire d’amour ne concerne plus deux personnes consentantes mais bien une personnage (généralement un homme) et son objectif dramatique, sa proie, son but ultime, sa médaille en fin de course. Et vous savez ce qu’on dit dans l’univers du sport : il ne faut jamais s’arrêter sur un échec. En effet, dans ce cas de figure, un refus n’apparait jamais vraiment comme tel mais bien comme un obstacle narratif monté de toute pièce pour repousser le moment tant attendu du « oui » mutuel (un peu comme l’épreuve des clefs volantes que doit passer Harry Potter pour atteindre la pierre philosophale). Dès lors, l’homme qui insiste n’est pas vraiment vu comme un gros lourd et le refus de la femme n’est pas perçu comme une vraie décision définitive.

L’un des cas les plus représentatifs est sans doute le couple de Britta (Gillian Jacobs) et Jeff (Joel McHale) dans Community. Alors que l’ancien avocat (obligé de reprendre ses études) fait du repérage à la cafeteria, il remarque la jolie blonde assise seule à une table. Tentant de l’aborder,Jeff se prend un joli « Ne me drague pas » clair et précis d’entrée de jeu. Peu satisfait par cette réponse, le playboy décide de se faire passer pour un parfait bilingue en espagnol et lui propose de l’aider à réviser. Cela donnera le coup d’envoi à Community, œuvre centrée sur…un groupe d’étude en espagnol. A la fin du pilot, lorsque Britta se rend compte du pot-aux-roses, les autres membres du groupe, pris de compassion, font pression sur elle afin de l’obliger d’inclure Jeff dans leurs séances (et à ainsi continuer à le fréquenter). Trois épisodes plus tard, Britta embrassera Jeff dans le but de lui faire réussir un examen. Bref, de gros fil à énorme aiguille, tout sera méticuleusement amené  pour attirer les deux personnages l’un vers l’autre. Même si cela n’empêchera pas Community de devenir l’une les sitcoms les plus intelligemment écrites de cette dernière décennie, force est d’admettre que son concept-même repose sur ce refus du refus qui semble habiter la télévision !

« Le travail et le sexe font toujours bon ménage »

 

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Diffusée entre 1998 et 2002, Ally Mc Beal est l’une des premières séries à avoir fait fondre la barrière entre la sphère professionnelle et la sphère intime. En effet, si cette œuvre nous invite dans les bureaux d’un cabinet d’avocats nommé « Cage And Fish », ce n’est pas pour nous donner une leçon de droit ou pour nous faire découvrir des affaires haletantes, mais bien pour nous faire vivre au rythme des histoires de cœur de ses employés. Durant cinq saisons, ceux-ci vont se tourner autour, coucher ensemble, tomber amoureux, se tromper, rompre et bien plus sous fond de crise de la trentaine et de procès révélateurs de leurs « humeurs du moment ». Bref, vous l’aurez compris : Ally Mc Beal est un soap de bureau comme il en existera plein par la suite !

C’est sur une agression sexuelle que s’ouvre le premier épisode : alors que le personnage campé par Calista Flockhart est occupé à consulter un livre dans la bibliothèque juridique de son cabinet, l’un de ses collègues lui met une main aux fesses. Bouleversée par le manque de mesures prises par ses supérieurs, la jeune femme décide de démissionner et de rejoindre « Cage and Fish ». Ce point de départ est primordial à la série pour se dédouaner de toute mauvaise interprétation qui pourrait être effectuée quant aux événements à venir : les personnages sont capables de faire la part des choses entre ce qui est légal sur le lieu de travail ou non. Dès lors, qu’ils se retrouvent à faire l’amour dans les toilettes mixtes du cabinet, à accepter un rencart d’un(e) autre employé(e) ou à rigoler d’une blague misogyne du patron, les décisions d’Ally et de ses collègues amis relèvent toujours du choix et non de l’obligation. Une représentation aussi libérée de la vie de bureau ne devrait donc pas poser de problème…Du moins en théorie !

En effet, bien que les couloirs de « Cage And Fish » étaient toujours occupés par des dizaines de figurants habillés en costards de sorte à créer une »vraie ambiance de cabinet », la caméra finissait toujours par s’attarder sur le groupe de protagonistes, à savoir ceux qui acceptent de conjuguer vie privée avec vie professionnelle. Ce qui, en quelques sortes, exclut toute représentation plus réaliste du monde du travail. Lorsqu’un nouveau personnage régulier venait grossir les rangs, on se foutait un peu de savoir s’il s’agissait d’un(e) bon(ne) avocat(e) ou non. Le principal, c’était les retournements de situations que ce(tte) dernier(e) allait apporter dans le groupe ainsi que dans la vie sentimentale des héros. Face à ce manque d’alternative, Ally Mcbeal donne l’impression de vendre un postulat très fort : absolument tout le monde fantasme secrètement d’arriver à entretenir des relations privilégiées (amicales ou plus) avec ses collègues. En 112 épisodes, jamais on entendra un personnage dire « Heu…voilà, j’ai trente ans, j’ai une vie en dehors de ce cabinet, du coup j’ai d’autres choses à foutre que de passer ma soirée au bar avec vous en fait ». Et quand un discours y ressemblait, celui-ci se voyait systématiquement démonter.

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Dans Over The Rainbow (S03E11), Georgia (Courtney Thorne-Smith), une ex employé, engage des poursuites contre « Cage And Fish » à cause de cette ambiance un brin trop conviviale (qui aurait, selon elle, précipité la fin de son mariage). Après 40 minutes de remises en question au sein du cabinet, l’épisode se conclut sur la plaidoirie de John Cage (Peter Macnicol)  : l’atmosphère de « Cage And Fish » n’est pas « sexuellement oppressante », elle est « bonne enfant » et ce n’est pas cette entreprise qui doit  s’excuser de quoi que ce soit, mais toutes les autres où les mots « collègues » et « amis » ne sont pas des synonymes. Discours auquel donnera raison le verdict du juge. Au final, on découvrira même que la plainte de Georgia n’était pas fondée sur un véritable ressenti, mais bien sur une frustration provoquée par un sentiment d’exclusion de cette dynamique de bureau. Bref, tout est bien qui finit bien pour « Cage And Fish » : ses employés peuvent recommencer à se lécher mutuellement les doigts ou à se caresser le genoux en toute impunité. Et pour tous les rabats-joie qui ne se sentiraient pas à l’aise dans ce baisodrome juridique : tant pis!

Si peu de séries proposeront une ambiance de bureau à ce point décomplexée par la suite, beaucoup de soaps dresseront un portrait du lieu de travail comme d’un espace propice pour booster sa vie sentimentale. Parmi les plus communs, on retrouve les hopitaux (Grey’s Anatomy, Scrubs,…), les rédactions de presse (The Newsroom, Ugly Betty, The Bold Type,…), les commissariats (Brooklyn Nine-Nine,…), les agences artistiques (Dix Pour Cent,…), les agences de pub (The Crazy Ones, Mad Men...), les organes politiques (Spin City, Park And rec,…), etc

« Les femmes ont plus facilement recours à la manipulation et au mensonge que les hommes ! »

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En 2004, la série Law and Order Special Unit (New York Unité Spéciale en vf) propose une expérience pour le moins inédite à ses téléspectateurs. Au cours d’un épisode intitulé Doubt (S06EO8), les détectives Benson (Mariska Hargitay) et Stabler (Christopher Meloni) sont chargés d’enquêter sur une affaire de viol. Une jeune étudiante nommée Mira (Shannyn Sossamon, actrice relativement inconnue) accuse son professeur, Ron Polikoff (Billy Campbell, vu dans plusieurs séries avant cette apparition Guest-Star) de l’avoir sexuellement agressée. Ce dernier réfute ses dires : la jeune femme était consentante et chercherait juste à se venger d’une mauvaise note. Durant les 40 minutes d’enquête, les preuves et témoignages à charge et à décharge s’accumulent. Au final, il s’agira simplement d’une parole contre une autre.

Comme tous les autres épisodes de Law And Order, Doubt se termine par la lecture du verdict dans une salle de procès…à une exception près :  ce n’est pas aux scénaristes de convenir du choix final du jury, mais aux téléspectateurs via un sondage internet. Et le résultat est sans appel : avec 60%, la majorité des votants estime que le personnage de Billy Campbell est innocent. Seuls 20% donneront crédit à la version de la victime tandis que le reste (20%) estime qu’il n’y a pas assez d’informations concrètes pour aboutir sur un verdict clair.

Cette expérience trouve un écho considérable dans les scandales qui ont fait trembler Hollywood au cours de ces dernières années. De l’affaire Bill Cosby à Weinstein en passant par Johnny Depp, ce sont toujours le mêmes commentaires qui reviennent en masse sur les réseaux sociaux (« Pourquoi ne parler que maintenant? », « Elle, elle cherche à faire du buzz, c’est certain », « Elle se plaint aujourd’hui, mais ça l’arrangeait bien à l’époque », etc). Les femmes seraient-elles donc plus manipulatrices, menteuses, opportunistes et prêtes à utiliser le sexe pour réussir que les hommes? A la vue de certaines séries, cette question ne serait pas aussi machiste que cela !

Diffusée entre 2004 et 2012 , Desperate Housewives nous emmène dans un quartier résidentiel et nous fait vivre le quotidien de quatre femmes au foyer. Si ces dernières sont très différentes les unes des autres,  les quatre amies ont un point commun qui les relie toutes : l’usage fréquent du mensonge. En effet, c’est sous fond de « critique du puritanisme américain et du patriarcat » que nous est vendue cette tendance naturelle à raconter des bobards : Lynette, Susan, Gaby et Bree veulent sauver les apparences coûte que coûte et ce quitte à devoir dissimuler les plus horribles des vérités.

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Ce concept de départ, la série l’oubliera très vite afin de sombrer, petit à petit, dans le soap burlesque à partir de la seconde saison. Dès lors, ce recours systématique au mensonge n’apparaitra plus comme un moyen de déconstruire la société états-unienne mais bien comme une caractéristique commune à toutes les femmes du quartier. En effet, qu’elles cherchent à obtenir une place dans un cours de yoga hyper sélect, à se faire apprécier par leurs nouveaux voisins gays ou à dissimuler un meurtre, celles-ci choisiront d’agir en sous-marins en dissimulant la vérité à leurs entourage (mari, enfants, amies, etc). Bien sûr, chacun de ces petits mensonges se verra sanctionné et tous les épisodes finiront par une morale à la con mais cela n’empêchera pas les résidentes de Fairview de recommencer de plus belle la semaine suivante.

Les premières victimes de cette déviance sont, bien entendu, les conjoints de ces dames. En effet, il n’est pas rare que ces derniers fassent office de voix de la raison, ceux qui mettent les femmes au foyer désespérées face aux conséquences de leurs erreurs avant de les ramener sur le droit chemin.

Toujours dans les beaux quartiers, Weeds est une série crée par Jenji Kohan (Orange Is The New Black) mettant en scène Nancy Botwin, une mère au foyer fraichement veuve obligée de dealer de l’herbe dans son voisinage pour subvenir aux besoins de sa famille. L’activité illégale de ce personnage va (logiquement) lui attirer des problèmes. Problèmes dont elle se tirera plus d’une fois en utilisant sa sexualité ou en jouant avec les sentiments de plusieurs hommes.

Cela commence timidement au cours de la deuxième saison où le personnage se marie (et par extension, couche) avec un agent de la DEA qu’elle n’aime pas juste pour éviter que celui-ci ne témoigne contre elle. Puis, lors de la troisième saison, elle entretient une liaison avec son employeur. L’année suivant, elle se ((re)re)marie à un baron de la drogue qui lui offrira de nombreux avantages. Dans la sixième saison, alors que Nancy et sa famille sont en cavale, la jeune femme va manipuler un ancien professeur (qu’elle sait amoureux d’elle) dans le seul but que celui-ci l’héberge avec toute sa famille.

Comme dans Desperate Housewives, il existe un contraste entre Nancy et son entourage principalement masculin. Alors que ses maris, ses fils et tous les dealers auxquels elle aura affaire préfèrent régler leurs problèmes de par la violence physique (quitte à souvent passer pour de véritables crétins), le personnage Mary-Louise Parker, lui, va se démarquer par un véritable esprit perfide et sournois. De quoi renforcer des clichés déjà bien installés dans les subconscients.

De manière plus générale encore, chaque soap dispose de sa « garce », cette manipulatrice sans cœur toujours là quand il s’agit de mettre de l’huile sur le feu. De Nelly Oleson (La petite maison dans la prairie) à Lindsay Bluth (Arrested Devlopement), le paysage audiovisuel regorge d’exemples de cet archétype loin de représenter les femmes sous leurs meilleurs jours. Au point de voir certaines actrices cataloguées. C’est par exemple le cas d’Annalynne Mccord qui, sans doute à cause de son physique très typé californien, ne semble pas inspirer autre chose qu’une peste professionnelle aux scénaristes.

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Cela commence en 2007, dans Ugly Betty, où McCord interprète le rôle de Petra, jeune mannequin faisant chanter le rédacteur en chef d’un magazine de mode dans l’espoir de lancer sa carrière. La même année, l’actrice obtient le rôle d’Eden dans Nip/Tuck, une sociopathe faisant chanter un chirurgien pour obtenir une liposuccion gratuite. En 2008, la blonde sera castée dans 90210 en tant que garce régulière du show. Dans la seconde saison, Naomi, son personnage, ne fera chanter personne (pour changer) mais inventera de fausses allégations de harcèlement sexuel vis à vis de l’un de ses professeurs.(Ce qui nous ramène au point de départ, à savoir l’épisode de Law And Order mettant en scène une intrigue similaire)

Même si les personnages citées ci-dessus sont très différentes les unes des autres, cette utilisation répétitive de tels caractéristiques ne fait que renforcer l’idée qu’une femme ne peut briller que par ses défauts (défauts qui sont tous similaires) . En contrepartie, les hommes issus des mêmes séries apparaissent généralement comme moins mesquins, moins intéressés, moins complexes, moins manipulateurs ou pour résumer, comme moins coupables.  Bref, autant dire que la télévision s’est bien chargée de perpétuer cette tradition du « gentil et du méchant sexe » qui remonte au mythe d’Adam et Eve.

« La violence conjugale faites aux hommes, c’est marrant ! »

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En mai dernier, la série française Scènes de Ménages a suscité une vive polémique auprès de ses téléspectateurs. Au cours d’un sketch intitulé « Le Bonhomme », Emma (Anne-Elisabeth Blateau) demande à son compagnon Fabien (David Mora) de se comporter « comme un homme », ce à quoi ce dernier répond par une gifle (oui, c’était bien le cœur du gag). S’il s’agit là d’une énorme bourde, la réaction assassine de l’ensemble des internautes est synonyme d’évolution : rigoler de la violence physique envers les femmes n’est plus quelque chose d’acceptable à la télévision. Il s’agit donc d’une petite victoire….ou tout du moins, une petite moitié !

Diffusée depuis 2014 sur FX, You’re The Worst nous fait vivre le quotidien de personnages socialement inadaptés au rythme de leurs relations amoureuses. Comme vous pourrez le deviner au vu de ce très bref pitch, « politiquement incorrect » et « humour noir » répondent présents  au programme de cette dramédie. Si Stephen Falk est arrivé à livrer deux premières saisons très réussies, la série est néanmoins tombée dans une forme de gratuité depuis un certain temps maintenant, comme en témoigne l’évolution du personnage de Lindsay (Kether Donohue).

Dans la troisième saison, cette dernière, enceinte, retrouve la vie conjugale avec Paul (Allan Mcleod), le mari dont elle s’était brièvement séparée l’année précédente. Cependant, la jeune femme se rend très vite compte qu’elle n’est toujours pas heureuse et décide donc de reporter sa frustration sur l’homme dont les sentiments semblent pourtant sincères. Après l’avoir littéralement poignardé et maltraité physiquement, Lindsay va aller jusqu’à avorter secrètement tout en continuant à faire croire à Paul qu’elle porte toujours son enfant et ce, de sang totalement froid.

En plus d’être redondant avec la première saison d’un point de vue scénaristique, cette storyline a de quoi mettre assez mal à l’aise tant ces différentes séquences sont abordées d’un ton clownesque au possible. Cette accumulation atteindra son paroxysme dans les derniers épisodes où tous les protagonistes sembleront prendre le parti de Lindsay. Pire encore, chaque torture que cette dernière aura fait endurer à son époux apparait comme une étape indispensable pour son épanouissement personnel et son émancipation. Paul de son côté, est représenté comme un personnage faible et pathétique dont les malheurs sont tournés en dérision !

Robin Fourneau

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Une réflexion sur “Harcèlement sexuel, violence conjugale, viol…. 7 formes de banalisation en série(s)

  1. Adlyn dit :

    Je me souviens n’avoir jamais pu adhérer à cette « réhabilitation » de Chuck en Prince Charmant après les actes dignes d’un sociopathe qu’il avait pu commettre en début de série dans Gossip Girl. Et j’avoue avoir été tout simplement choquée par la scène de la signature du contrat Garbiel-Carlos dans Desperate Housewives.
    Je ne connaissais pas particulièrement les autres exemples mais il est clair que nombre de séries véhiculent ces mauvaises pratiques qui semblent normales sur l’écran mais ne le sont pas du tout dans la vraie vie. Un danger pour ceux (malheureusement réels et nombreux) incapables de faire la part des choses.

    Aimé par 1 personne

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