« Beau Séjour » : fantôme hanté par hôtel !

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Tout au long de ce mois de décembre, Encyclosérie vous propose de revivre les événements sériels qui ont marqué 2017. Aujourd’hui, c’est une nouveauté belge qui est mise à l’honneur : Beau Séjour de Nathalie Basteyns et Kaat Beels !

Imaginez : l’enquête au cœur de Twin Peaks vécue du point de vue du fantôme de Laura Palmer. C’est grosso modo ce que nous propose Beau Séjour, série belge néerlandophone diffusée sur la chaîne Eén en janvier dernier. L’action prend place à Dilsen-Stokkem, petite ville rurale du Limbourg. Kato (Lynn Van Royen), adolescente, se réveille couverte de sang dans la chambre 108 de l’hôtel « Beau Séjour ». Sans souvenir de la soirée de la veille, la jeune femme découvre avec effroi son propre cadavre dans la baignoire de la salle de bain. Avec l’aide (ou pas) d’une poignée d’habitants qui peuvent percevoir sa présence, Kato décide de mener l’enquête afin de découvrir l’identité de son assassin…

Depuis Broadchurch en 2013, on ne peut pas dire que l’Europe traverse une pénurie niveau polars. En guise de démonstration, nul besoin d’une étude approfondie, juste d’une liste des productions les plus marquantes de ces dernières années : Bron (Danemark/Suède), Trapped (Island), Jordskott (Suède) ,Disparue (France) ou encore La Trêve (Belgique francophone). Cet Eurovision du meurtre s’est très vite répandu sur tout le territoire au point que l’on pensait avoir fait le tour du sujet. C’était mal connaître Nathalie Basteyns et Kaat Beels, voire pas connaître du tout étant donné que la renommée de ce duo de scénaristes demeure très confidentielle chez nous (les deux femmes n’en sont pourtant pas à leur coup d’essai au nord de la frontière linguistique). Avec Beau Séjour, elles parviennent à renouveler considérablement le genre par la simple introduction d’un nouveau point de vue (et pas des moindres) : celui la victime. En effet, quoi de mieux pour remobiliser l’intérêt d’un téléspectateur que d’aller chatouiller un peu les limites du réalisme? Bien que Beau Séjour suit le schéma classique du récit policier (découverte du corps, autopsie, témoignages, etc), ces étapes vues et revues prennent une dimension différente au travers du regard de Kato, fantôme loin d’être inaccessible pour le public.

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Sur le papier,  le mélange policier/fantastique avait de quoi faire peur. Pourtant, force est d’admettre que le résultat final  est une véritable réussite. Servie par une mise en scène tant maitrisée qu’ingénieuse, cette cohabitation ne jure pas une seule seconde à l’écran. Loin de singer les polars américains, Basteyns et Beels sont parvenues à doser correctement leurs ingrédients de sorte à proposer un plat bien de chez nous. Certes, le paranormal répond présent dans Beau Séjour, mais jamais au point de prendre le lead sur le réalisme. Malgré la situation atypique que Kato est en train de « vivre », la part de mystère entourant l’intrigue reste exclusivement centrée sur son meurtre et non sur sa condition fantomatique. Un tel détachement vis à vis de cette situation pourtant anormale laisse place à un second degré  nécessaire pour digérer l’œuvre des deux créatrices.

Car Beau Séjour, c’est avant tout une ambiance sombre, très sombre même. Grâce à une photographie exigeante, chaque paysage limbourgeois apparait dans sa forme la plus froide. Cette succession de natures mortes n’est évidemment pas là par hasard et vise à mettre en avant les intentions des créatrices. En effet, avec leur série, Basteyns et Beels voulaient reconstituer un climat très précis, à savoir celui qui régnait sur la Belgique dans les années 90 au lendemain de l’affaire Dutroux. Au cours d’une interview, Sanne Nuyens, l’une des scénaristes, dévoilera : »Comme le reste de l’équipe, j’ai été très influencée par l’affaire Marc Dutroux, qui a défrayé la chronique quand j’étais adolescente,(…) A l’époque, j’avais le même âge qu’An et Eefje, deux des victimes, et nous vivions tous avec le sentiment qu’un tueur rôdait parmi nous. C’est cette atmosphère très particulière que nous avons cherché à restituer ». (Propos rapportés par Hélène Marzolf dans Télérama)

Malgré ce sujet de départ pour le moins macabre, la série est loin de susciter un malaise omniprésent. Au contraire, de par sa touche de fantastique (certes légère mais indispensable), Beau Séjour fait un peu l’effet d’une poésie en 10 chapitres dont chaque plan, chaque réplique, chaque effet de mise en scène fait office de vers à part entière. Si quelques pans de l’intrigue ne parviennent pas à éviter une certaine lenteur  (un format de 8 épisodes aurait sans doute été plus approprié), la série peut compter sur son casting pour rattraper le tir. Mention spéciale à Lynn Van Royen qui porte l’œuvre  à bout de bras du début à la fin.

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Élue « prix du public » lors de l’édition 2016 du festival « Séries Mania », Beau Séjour ne cesse d’accumuler les victoires depuis. Diffusée sur Arte en mars dernier, la série a notamment été rachetée par Netflix pour intégrer son catalogue. Parmi ses fans de premier plan, on peut citer l’auteur à succès Stephen King qui n’a pas hésité à l’ovationner le temps d’un tweet.

Malheureusement, Beau Séjour est aussi (et surtout) la preuve du manque d’unité culturelle qui règne actuellement en Belgique. En effet, également dévoilées au public durant l’édition 2016 de « Séries Mania », les séries La Trêve et Ennemi Public ont suscité un vif intérêt de la part des critiques étrangères.  Au point que cette émergence de productions au sein du plat pays se voit actuellement comparée à celle vécue par les pays scandinaves il y a quelques années. Bref, dans d’autres terme, les séries belges connaissent un succès conséquent dans tous les recoins du monde entier (au point que le journal us Variety parle de courant « Belgian Noir »). Tous les recoins? « Non! Un petit village d’irréductibles Gaulois résiste encore et toujours à l’envahisseur » : la Belgique elle-même ! En effet, si chacune des séries citées ci-dessus a rencontré du succès dans sa communauté respective, elle semble néanmoins connaître des difficultés à s’imposer de l’autre côté de cette ligne nommée « frontière linguistique ». Car la triste vérité est que cela fait bien longtemps que l’union ne fait plus la force chez nous.

Quoiqu’il en soit, Beau Séjour a réussi à marquer l’année 2017 grâce à ses nombreuses qualité. Malgré son caractère one shot (l’enquête trouve une conclusion à l’issue des 10 épisodes diffusés), une seconde saison a été annoncée et une adaptation aux États-Unis serait actuellement cours de négociation (l’ironie voudrait que cette dernière soit diffusée par une une chaîne francophone).

Robin Fourneau

 

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