Adaptations littéraires, figures féministes, délires psychédéliques… voici 13 Reasons Why 2017 aura été un grand cru en matière de nouveautés sérielles ! 

The Handmaid’s Tale de Bruce Miller (Hulu)

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Commençons par enfoncer les portes ouvertes ! Nouvelle arrivante dans le paysage audiovisuel, The Handmaid’s Tale  est parvenue à s’imposer sans problème au sein de la culture populaire (remportant ainsi l’Emmy Award de la meilleure série dramatique). Cette adaptation du roman éponyme de Margaret Atwood nous transporte à Gilead, version dystopique de l’Amérique. Dans ce futur totalitaire, les femmes ont été dénaturées de leurs statuts de citoyennes à part entière pour se voir répartir en trois castes : les épouses officielles, les Marthas (celles qui font le ménage et la cuisine) et les servantes (les femmes fertiles chargées de procréer). The Handmaid’s Tale suit le destin de Defred (Elizabeth Moss; Emmy Award de meilleure actrice dans une série dramatique), servante arrachée à sa famille pour s’atteler à sa mission. Outre sa réalisation maitrisée et son casting parfait, cette œuvre est surtout parvenue à se démarquer pour le propos qu’elle porte. En effet, regarder The Handmaid’s Tale constitue une expérience bouleversante qui pousse à la réflexion sur notre société actuelle. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien si la série a réussi à s’imposer en si peu de temps comme un symbole à part entière du féminisme dans l’Amérique de Donald Trump.  Bref, lancez vous les yeux fermés (si ce n’est pas encore fait).

 


Beau Séjour de Nathalie Basteyns et Kaat Beels (Eén)

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Imaginez : l’enquête au cœur de Twin Peaks vécue du point de vue du fantôme de Laura Palmer. C’est grosso modo ce que nous propose Beau Séjour, série belge néerlandophone diffusée sur la chaîne Eén en janvier dernier. L’action prend place à Dilsen-Stokkem, petite ville rurale du Limbourg. Kato (Lynn Van Royen), adolescente, se réveille couverte de sang dans la chambre 108 de l’hôtel « Beau Séjour ». Sans souvenir de la soirée de la veille, la jeune femme découvre avec effroi son propre cadavre dans la baignoire de la salle de bain. Avec l’aide (ou pas) d’une poignée d’habitants qui peuvent percevoir sa présence, Kato décide de mener l’enquête afin de découvrir l’identité de son assassin… Grâce à Beau Séjour, le duo Nathalie Basteyns et Kaat Beels signe l’un des meilleurs polars diffusés à la télévision au cours ces dernières années (pourtant, on ne peut pas dire que l’on traverse une pénurie du genre en Europe depuis le succès de Broadchurch). Si la touche de fantastique permet véritablement de réinventer des codes qui commencent mine de rien à s’enrailler, celle-ci ne prend jamais véritablement le pas au point d’éclipser l’enquête policière au cœur de la série. Disponible sur Netflix depuis quelques mois, Beau Séjour a été élue « Prix du Public » lors de l’édition 2016 du festival « Séries Mania ».


Mr. Mercedes de David E. Kelley (Audience)

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Adaptation d’un roman éponyme de Stephen King, Mr. Mercedes nous transporte dans le quotidien de deux personnages différents : Bill Hodges (Brendan Gleeson), un vieux flic mis au placard quelques années après avoir échoué à boucler l’enquête la plus importante de sa carrière ; et Brady Hartsfield (Harry Treadaway), jeune employé dans un magasin d’informatique…qui s’avère être le tueur à l’origine de ce mystère (pas de spoiler, cette info nous est livrée dès le départ). Durant 10 épisodes, le téléspectateur assiste au jeu de chat et de la souris liant ces deux personnalités que tout oppose. Avec Mr. Mercedes, David E. Kelley nous offre un spectacle glauque (voire parfois malaisant) qui ferait presque passer Game Of Thrones et Hannibal pour des Disney. Sa séquence d’introduction percutante (sans mauvais jeu de mots) vaut à elle-seule le détour.  Bien que la série ne parvient pas à éviter quelques lenteurs, elle devrait faire le plus grand bonheur de tous les téléspectateurs qui aiment être bousculés (par contre, pour le divertissement familial, il faudra repasser). Si vous avez aimé découvrir Minhunter de David Fincher, alors n’hésitez pas, Mr. Mercedes est faite pour vous !


Big Little Lies de David E. Kelley (HBO)

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Carton plein pour David E. Kelley ! Cette année, le showrunner est parvenu à séduire public et critiques avec ses deux nouvelles créations (pourtant aux antipodes l’une de l’autre). Intégralement réalisée par le cinéaste Jean-Marc Vallée, Big Little Lies nous fait suivre le quotidien de mères de familles vivant sur la petite ville côtière de Monterey. Que du beau monde au casting de cette adaptation du livre éponyme de Liane Moriaty étant donné que l’on retrouve Reese Witherspoon, Nicole Kidman (Emmy Award de la meilleure actrice dans une mini-série), Shailene Woodley, Alexandre Skarsgard  (Emmy Award du meilleure second rôle masculin dans une mini-série), Laura Dern (Emmy Award du meulleure second rôle féminin dans une mini-série), Adam Scott ou encore Zoë Kravitz. Vendue comme un Desperate Housewives sauce HBO, Big Little Lies va un peu plus loin vu qu’elle aborde avec beaucoup d’intelligence et de profondeur des sujets sérieux tels que la violence conjugale. Comme The Handmaid’s Tale, cette œuvre est dotée d’un caractère didactique fort qui appelle à la réflexion et au non-jugement. Prévue à la base pour n’être qu’une mini-série, Big Little Lies s’est vue renouvelée pour une seconde saison en réponse à l’immense succès qu’elle a rencontré cette année.


Atypical de Robia Rashid (Netflix)

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Signée Robia Rashid (How I Met Your Mother), Atypical dépeint le quotidien de Sam Gardner (Keir Gilchrist), adolescent atteint de TSA (Troubles du Spectre de l’Autisme) . Comme tous les garçons de son âge, le jeune homme n’a qu’une obsession en tête (en dehors de l’Antarctique et des pingouins) : avoir une copine. Durant 8 épisodes, le téléspectateur suit Sam dans cette quête périlleuse qui se déroulera aussi bien dans les couloirs de son lycée que lors de ses séances chez sa psy (Amy Okuda). Mais Atypical, c’est aussi, et surtout, une série sur une famille à savoir les Gardner. De Elsa (Jennifer Jason Leigh), la mère protectrice, à Doug, le père maladroit (Michael Rapaport), en passant par Casey (Brigette Lundy-Paine), la petite sœur délaissée, tous adapteront leurs vies de sorte à permettre à Sam de vivre la sienne ! Mise en ligne sur Netflix en août dernier (soit à la même heure où les Game Of Thrones , Twin Peaks The Return et autres grosses machines estivales officiaient), Atypical s’est véritablement imposée comme une bouffée d’air frais inattendue. Cette création originale réussit notamment à séduire grâce à sa légèreté et ses personnages tantôt drôles tantôt touchants mais jamais parfaits. Si la thématique de l’autisme est ici traitée en âme et conscience de la gravité qui entoure ce sujet, on est loin de la série misérabiliste qui cherche à arracher une larme à tout prix à son téléspectateur (caugh caugh The Good Doctor caugh caugh). Mention spéciale à l’interprétation de Keir Gilchrist qui n’aurait clairement pas volé son Emmy Award ou son Golden Globes si quelqu’un avait daigné lui en remettre un.


Legion de Noah Hawley (FX)

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Iron Fist, Defenders, Inhumans,… Cette année, les séries Marvel ont connu un accueil public et critique plutôt froid par rapport à celui auquel elles s’étaient habituées. A l’avenir de nous dire s’il s’agit là d’une simple baisse de régime temporaire ou d’un véritable déclin. En attendant d’avoir la réponse, pourquoi ne pas se tourner vers la bonne élève de la promotion  pour s’occuper un peu? S’inscrivant dans l’univers X-Men, Legion nous entraine dans la psyché de David Haller (Dan Stevens), jeune homme interné dans un hôpital psychiatrique à cause de sa schizophrénie présumée. Loin de s’en tenir aux codes classiques des séries de superhéros, Noah Hawley ose s’imposer ses propres règles comme en témoigne le premier épisode (l’un des meilleurs de cette année). Se débarrassant de tout élément didactique inutile, cette origin story nous plonge dans un véritable délire psychédélique en huit chapitres servi par une réalisation on-ne-peut-plus maitrisée. Malgré de gros problèmes de rythme (souvent trop soutenu), la première saison de Legion parvient à se démarquer de tout ce que Marvel a pu proposer par le passé.


I Love Dick de Sarah Gubbins et Jill Soloway (Amazon)

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En parlant de délire… Mise en ligne sur Amazon au printemps dernier, I Love Dick dépeint la passion inexpliquée qu’éprouve Chris (Kathryn Hahn), jeune artiste intellectuelle mariée, pour Dick (Kevin Bacon), incarnation suprême du Mâle Alpha. Après s’être attaquée à la famille dans Transparent, Jill Soloway et Sarah Gubbins se penchent ici sur le couple traditionnel au travers de cette adaptation du roman éponyme de Kris Kraus. Durant 8 épisodes, le duo nous offre une réflexion assez captivante sur le désir féminin (ou plutôt les désirs féminins) qui va un peu plus loin que « être une femme moderne et libérée, c’est coucher comme un homme » (caugh caugh Sex And The City caugh caugh)! Connue pour son approche marquée « bobo new-yorkaise », Jill Soloway pousse le vice assez loin étant donné qu’elle nous transporte dans le milieu très fermé de l’art contemporain. Si ce décor particulier fait de I Love Dick une œuvre à ne pas mettre entre toutes les mains, nul doute que cette série devrait laisser une trace non négligeable pour la représentation des femmes qu’elle nous offre.


Urban Myths (Sky Arts)

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Diffusée sur la chaîne Sky Arts en début d’année, Urban Myths est une série anthologique anglaise qui, comme son nom l’indique, dépeint des mythes entourant les figures les plus célèbres de l’histoire contemporaine. D’un jeune Adolf Hitler (Iwan Rheon) candidat au concours d’entrée d’une prestigieuse école d’art au bad trip vécu par l’acteur Cary Grant (Ben Chaplin) et le psychologue Timothy Leary (Aidan Gillen) sur le tournage de North By Northwest, l’ensemble des épisodes nous transporte dans autant d’époques que d’ambiances différentes. Malheureusement, la série a été victime d’un bad buzz qui lui aura été fatal avant sa diffusion. En effet, il était originalement prévu qu’un épisode sur Michael Jackson (incarné par Ralph Fiennes) boucle la première saison. Cette idée n’a plu ni aux fans de la star ni à ses enfants au vu des réactions assassines qui ont envahi les réseaux sociaux. Réactions qui auront eu raison de l’épisode (jeté à la poubelle avant d’être diffusé) mais également de la série étant donné que tous les autres chapitres sont passés inaperçus. Et quelle erreur d’avoir abandonné cette œuvre dans le gouffre du silence ! Malgré leurs qualités inégales, chaque pièce de ce puzzle décalé vaut le détour !


The Orville de Seth Macfarlane (Fox)

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Parodie non-officielle de Star Trek, The Orville  suit les folles aventures d’un équipage  mené par Ed Mercer (MacFarlane), terrien qui espère repartir du bon pied après la fin désastreuse de son mariage un an auparavant. Malheureusement pour lui, le seul officier disponible pour le seconder dans sa tâche n’est autre que Kelly Grayson (Adrianna Palecki), son ex femme. Après un décollage totalement raté, Seth MacFarlane est parvenu, non sans mal, à trouver une vitesse de croisière convenable pour son ambitieux pari. Si The Orville conserve encore quelques défauts, elle réussit à s’imposer comme un divertissement drôle et décalé largement plus trekkien que Discovery (dernière marque en date de la franchise cinquantenaire). Encore quelques ajustements, et nul doute que l’on tiendra ici la meilleure série d’aventure offerte par les Networks au cours de ces dernières années!


She’s Gotta Have It de Spike Lee (Netflix)

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Intercalée dans l’agenda Netflix entre la première saison du fameux Punisher et le retour très attendu de The Crown, She’s Gotta Have It (Nola Darling n’en fait qu’à sa tête en VF) est malheureusement passée assez inaperçue jusqu’à présent. Cette comédie écrite et réalisée par Spike Lee (d’après un film éponyme du même auteur sorti en 1986) suit le quotidien de Nola Darling (DeWanda Wise), artiste peintre new-yorkaise. Sa vie sentimentale, la jeune femme de 27 ans la partage avec 3 amants : le photographe branché Greer Childs (Cleo Anthony), l’homme d’affaire Jamie Overstreet (Lyriq Bent) et l’excentrique Mars Blackmon (Anthony Ramos). Loin des ersatz ratés de Sex And The City, She’s Gotta Have It s’impose comme une série intelligente qui aborde différents thèmes tels que le féminisme ou la place de la Black Culture au sein de la société occidentale avec beaucoup de modernité. Outre son très beau portrait de Brooklyn, cette série vaut avant tout le détour pour son actrice principale DeWanda Wise, l’une des meilleures révélations de 2017.


The Deuce de David Simon (HBO)

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Sans doute la série la plus attendue de la rentrée, The Deuce nous transporte dans le New-York des années 70 à l’aube de l’explosion de l’industrie pornographique. Comme à son habitude, David Simon offre une fresque contemporaine qui vaut largement le coup d’œil. Outre l’interprétation magistrale de Maggie Gyllenhaal dans le rôle d’Eileen, jeune mère de famille obligée de faire le trottoir, The Deuce se démarque surtout pour l’ambiance unique qu’elle met en scène. A cela s’ajoutent des personnages hauts en couleurs auxquels on s’attache sans aucune difficulté (mis à part peut-être les frères jumeaux interprétés par James Franco) et une poignée de séquences bouleversantes rythmées par une bande originale des plus Funky.  Bref, une recette de grands-mères qui fait une fois de plus ses preuves et dont seul le créateur de The Wire et Treme détient le secret.


 The Good Fight de Robert et Michelle King (CBS : All Access)

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L’événement était doublement attendu : en plus d’être le spin off de The Good Wife, The Good Fight a aussi eu l’honneur d’inaugurer CBS : All Access, la nouvelle plateforme de VoD du plus gros network americain. Et pour le coup, il y a de quoi être surpris. Moins politiquement correcte que sa grande sœur, cette série nous fait suivre les déboires de Diane Lockhart (Christine Baranski, visage bien connu par les fans de The Good Wife). A la suite d’un scandale judiciaire, cette avocate renommée se voit obligée de mettre ses projets de retraite de côté pour rejoindre un cabinet beaucoup moins prestigieux que celui auquel elle était habituée. Débarrassée du format de 22 épisodes et autres conraintes liées à la diffusion hertzienne, The Good Fight offre un spectacle plus direct et mieux rythmés que celui de l’œuvre dont elle est issue. La série surprend d’ailleurs en prenant à plusieurs reprises des positions anti-Trump très fortes (inattendu de la part de CBS) et ce dès sa scène d’ouverture complètement hilarante. Bien que globalement accessible pour tout téléspectateur qui n’aurait jamais vu The Good Wife, The Good Fight prend cependant la mauvaise habitude d’enchainer les références inutiles à celle-ci. Espérons que la série trouvera une émancipation complète pour sa seconde saison étant donnée qu’elle a tout le potentiel pour surpasser son ainée


American Gods de Bryan Fuller et Michael Green (Starz)

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Que diriez-vous d’un cours de mythologie états-unienne? Adaptée du roman éponyme de Neil Gaiman, American Gods nous fait suivre la sortie de prison prématurée de Ombre (Ricky Whittle) suite au décès de sa femme.  Dans l’avion le ramenant chez lui, l’ancien détenu fait la connaissance du mystérieux Mr. Wednsday (Ian McShane) qui lui propose de devenir son garde du corps personnel. Commence alors une épopée extraordinaire aux quatre coins de l’Amérique. Qui d’autre que Bryan Fuller pouvait donc bien transporter l’œuvre de Gaiman à l’écran?  Fantastique poétique, fascination pour la mort, humour décalé… le créateur de Dead Like Me et Pushing Daisies est aux commandes d’une machine montée pour lui et cela se ressent sur chaque plan plus magnifique que le précédent. Seule ombre (#LOL) au tableau : contrairement à The Handmaid’s Tale ou Mr. Mercedes, American Gods n’est pas une série qui prend gentiment son téléspectateur par la main dès le départ. En effet, moins facile d’accès, cette adaptation demande à ce que l’on s’accroche durant trois ou quatre épisodes avant que le coup de foudre n’opère. On n’a rien sans rien

Robin Fourneau

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