« Charmed » : 5 raisons de laisser une chance au reboot !

Oubliez les démons, les magiciens maléfiques et les méchants gnomes ! Cette saison, les trois sorcières qui reprendront le flambeau jadis porté par les sœurs Halliwell vont devoir affronter bien pire : une horde de fans en colère prêt.e.s à tout pour défendre la mémoire de leur série préférée !

Jamais le terme « Chasse aux sorcières » n’a aussi bien porté son nom…

Depuis l’annonce de sa mise en chantier en janvier dernier, le reboot de Charmed ne cesse d’être la proie de virulentes critiques sur la toile. De son casting à sa bande annonce en passant par le visuel de son logo (pourtant pas très éloigné de l’original), aucun élément ne semble trouver grâce aux yeux des millions d’orphelin.e.s de la série mère.

Pour rappel, Charmed, œuvre culte des années 90, mettait en scène trois sœurs découvrant un secret de famille enfui depuis des générations : elles sont issues d’une vieille lignée de sorcières et forment le Pouvoir des Trois. Pendant huit saisons et 178 épisodes, les téléspectatrices et téléspectateurs ont suivi les aventures des sœurs Halliwell avec beaucoup d’intérêt faisant de Charmed une valeur sûre du petit écran au même titre que Buffy ou Roswell. Après son épisode final en 2006, il n’était pas rare que des rumeurs annoncent le retour de la série sous des formes diverses et variées (prequel, sequel, etc). Il a cependant fallu attendre cette année pour qu’un projet de reboot finisse par réellement aboutir, au grand dam de millions d’admirateurs.trices qui auraient préféré voir leur trio préféré revenir et qui ne se sont pas gêné.e.s pour le faire savoir. Diffusé à partir du 14 octobre sur la CW, Charmed dépeint les aventures d’une nouvelle fratrie : Mel, Madison et Macy. A ce jour, aucun lien avec la série originale n’est prévu.

 

 

Le but de l’article ci-présent n’est pas de défendre le reboot pour la simple et bonne raison que je n’ai vu aucun épisode. L’objectif est simple : lui laisser le bénéfice du doute et mettre en lumière les éléments qui pourraient jouer en sa faveur !

I. Il est signé Jennie Urman (et ce n’est pas une stagiaire) !

Son nom ne vous dit peut-être rien, et pourtant…

Jennie Urman est actuellement à la tête d’une des meilleures productions diffusées en ce moment sur un network américain : Jane The Virgin ! Surprenante et attachante, cette comédie (également le fruit d’une adaptation) est parvenue à se créer  une communauté de fidèles. Pourtant, le pari était loin d’être gagné au départ !

Remember des upfronts 2014? A peine la bande-annonce de Jane The Vigin mise en ligne que celle-ci se ramassait une flopée de seaux d’excréments par dizaines dans la section « commentaires ». Il faut dire qu’entre son pitch tiré par les cheveux (l’histoire d’une jeune femme vierge inséminée par erreur) et son statut de « comédie de la CW » (chaîne qui ne se démarque pas toujours pour l’intelligence de ses productions), on était en droit de s’attendre à un nanar digne de ce nom. Pourtant, Jane The Virgin est parvenue à créer la surprise dès sa première diffusion, séduisant tour à tour critiques et public.  Dotée d’une écriture intelligente, cet hommage aux telenovelas a notamment permis à  Gina Rodriguez, sa comédienne principale, de remporter le Golden Globe de la meilleure actrice dans une série comique en 2015. Plus surprenant encore, le succès de Jane The Virgin a poussé la CW à délaisser momentanément ses traditionnels teenshows et adaptations DC pour s’essayer davantage au genre comique (ce qui a donné naissance à un autre OVNI  la saison suivante : Crazy Ex Girlfriend ).

jane the virgin 1

Avec sa série précédente, Urman est donc parvenue à  faire taire tous ses détracteurs qui s’étaient, comme souvent sur le net, précipités trop facilement dans la critique. Si la pluie de haine émise à l’encontre de Jane The Virgin était moindre comparée au torrent que subit Charmed depuis janvier dernier, cette occasion va peut-être permettre à Urman de confirmer son statut de « fermeuse de bouches » et prouver, une fois de plus, qu’il vaut mieux réfléchir à dix fois avant de tweeter.

II. La série dite « originale » ne l’était pas tant que cela…

En première ligne des haters de ce reboot : Holly Marie Combs (Piper) qui ne cesse de descendre le projet depuis l’annonce de sa mise en chantier à coups de déclarations assassines. Elle a notamment été jusqu’à qualifier ce Charmed 2.0 de fruit d’un « marketing opportuniste ». Même si on peut comprendre sa colère (après tout, le succès de cette version compromettrait fortement un retour de l’original), cela n’excuse pas tout : en emmenant le débat sur le terrain de la récup’ , l’actrice ne fait rien d’autres que de tendre inutilement la baguette magique pour se faire « abrakadabrer »…

En effet, l’ex sœur Halliwell et ses fans l’ont peut-être oublié, mais la série d’origine doit elle aussi son existence à ce même marketing. Rappelez-vous en 1998, lorsque Buffy  et Ally Mcbeal étaient au LES séries dont tout le monde parlait : prenez l’ingrédient A (à savoir une œuvre fantastique sur une jeune protagoniste forcée de combattre des démons), mélangez-le avec l’ingrédient B (des histoires de working girls adultes en quête de princes charmants), ajoutez-y une pincée d’Aaron Spelling, et vous obtenez… Charmed, telle qu’elle est apparue sur les écrans.  Et cela n’a rien de gênant : toutes les séries s’inspirent un minimum de ce qui marche chez les voisins. Sauf que dans le cas de Charmed, on ne peut que lui reconnaitre un certain talent dans l’art du pompage durant ses 8 saisons d’existence !

Vous avez aimé le couple Buffy et Angel/Angelus (1997-1999) ? Vous apprécierez sans doute (un peu moins) l’amour impossible liant le personnage d’Alyssa Milano au démon Cole/Balthazar (saison 3 – 2000). Le public se passionne pour les aventures de Carrie Bradshaw, cette jeune journaliste rédigeant des chroniques directement inspirées de sa vie sentimentale dans Sex And The City (1998-2003) ? Félicitations Phoebe, les scénaristes viennent de te trouver un nouveau job (saison 4 – 2002).  Les films Harry Potter ont la côte au cinéma (2001-2011) ? Et si les sorcières de Charmed se retrouvaient à gérer une école de magie? Desperate Housewives bat les records d’audiences (2004) ? Mettons l’accent sur le personnage de Piper et sa difficulté à gérer sa vie de mère au foyer (2005). Six Feet Under a marqué l’histoire de la télévision avec son final  en flashforwards (2005)?  Très bien, surfons sur ça aussi (et cassons-nous bien la gueule). Et nous ne parlerons même pas de la musique du générique pompée sur The Craft (long-métrage de Andrew Fleming sorti en 1996 mettant en scène….trois sorcières) .

Bref, qu’on aime ou non Charmed, il faut se rendre à l’évidence : celle-ci ne s’est jamais privée de s’inspirer de la pop culture pour mener à bien son évolution sur le petit écran. Si cette volonté semble assumée et constitue même l’un des ingrédients qui lui a valu la popularité qu’on lui connait,  celle-ci n’a pas vraiment joué en faveur de son caractère fantastique. Difficile d’éviter les grand mots :  en terme de mythologie, Charmed est un désastre ambulant ! A force de piocher à gauche et à droite, la série en a oublié de se forger sa propre matière enchainant ainsi incohérences sur incohérences.  Au final, on retient d’avantage les costumes (sirènes, déesses grecques, amazones,…) portés par les soeurs Halliwell que les véritables actions entreprises par ces dernières pour mener leur mission à bien. (Mission qui est d’ailleurs ???? Cela restera assez vague tout au long de la série).

the craft

Il est dès lors intéressant de se demander quel va être le positionnement du reboot quant au côté fourre-tout de son ainée. Le Charmed 2.0 cherchera t’elle à reproduire l’ambiance kitch de son modèle en accumulant les références externes ou va t’elle, au contraire, aller à contre-courant, en se construisant sa propre ADN ? L’avenir nous le dira, mais toujours est-il qu’il y a ici une ouverture qui peut lui permettre de se démarquer !

III. Le reboot est vendu comme féministe (ce qui n’était pas franchement le cas de son modèle)

(« Un pénis qui va nous donner des leçons sur le féminisme, comme c’est original… » Tu as entièrement raison. C’est pour cela que je te renvoie vers la youtubeuse « Movie Night » qui,  au travers de ses vidéos consacrées à Charmed, développe de manière beaucoup plus intéressante ce que je vais essayer de t’expliquer sommairement ci-dessous).

On ne le répètera jamais assez mais avoir pour protagonistes des personnages féminins n’est pas un critère suffisant pour qualifier une œuvre de « féministe ». Certes, Charmed met en scène des femmes financièrement indépendantes, carriéristes et puissantes mais le tout n’est pas de rassembler ces caractéristiques, il faut aussi être capable de les utiliser intelligemment. Lorsqu’on y regarde de plus près, on se rend compte que la représentation de la femme moderne livrée par Charmed n’est pas aussi progressiste que l’on pourrait le croire. En effet, peu importe les démons qu’elles affrontent ou les vies qu’elles sauvent, le véritable centre d’attention des sœurs Halliwell revient toujours à un seul et même point : leurs hommes.

Dans le fond, ce sont eux qui rythment la série et qui constituent le véritable enjeu pour  nos héroïnes. Et ce jusque dans leurs vies professionnelles.  Pendant huit saisons, nos adorables sorcières seront amenées à ouvrir des bars, rejoindre la police ou mener de  brillantes carrières dans le journalisme. Soit des objectifs supposés les mettre en valeur elles.  Pourtant, ces storylines se retrouvent presque systématiquement instrumentalisées dans un seul but : introduire dans la vie des sœurs Halliwell un nouvel love-interest au brushing parfait et aux dents trop blanches. Au final, pendant que Buffy galèrera à payer ses factures en bossant dans un fast-food, les membres du pouvoir des trois resteront bien loin des véritables obstacles qui rythment le chemin de l’émancipation personnelle. Au fil des épisodes, les brillantes carrières des soeurs Halliwell s’apparentent davantage à des accessoires de mode changeables à volonté qu’à de véritables objectifs dramatiques.

paige children.jpg

Preuve ultime de ce féminisme superficiel : le happy end mièvre qui conclut la série tel un conte de fées Disney. « Elles vécurent heureuses et eurent beaucoup d’enfants »... beaucoup, beaucoup d’enfants.  Même Phoebe, pourtant présentée comme l’élection libre de la famille au cours des premiers épisodes finit par rentrer dans le rang en se mariant à… Cupidon himself. Au travers de son final, Charmed limite l’accomplissement personnel féminin à une seule possibilité : une vie d’épouse et de mère de famille comblée. Un parti pris assez rétrograde, même en prenant en compte l’époque de diffusion. Gageons que le reboot sera un peu plus ouvert à ce niveau. Cela tombe bien, celui-ci est vendu comme « féministe » depuis le premier communique de presse annonçant sa mise en chantier.

IV.  Parce qu’il faut arrêter d’avoir peur des reboots !

« Marre des reboots, ils ne savent faire que cela ! »

Non, c’est faux ! Au contraire, nous vivons actuellement un véritable âge d’or en terme de productions sérielles. En 2017, pas moins de 487 séries ont été diffusées sur le territoire états-unien contre « seulement » 216 en 2010. Une telle explosion des compteurs peut s’expliquer par des causes que vous serez sûrement à même de deviner tout.e.s seul.e.s (l’arrivée en force de services VoD tels que Netflix, la multiplication des productions sur le câble, etc).

james bond actors

Face à ce marché hautement concurrentiel, il est vrai que beaucoup de diffuseurs choisissent la carte de la facilité en privilégiant une forme de recyclage très présente depuis une dizaine d’années à la télévision : prequels, sequels, revivals, spin-offs,… Bref, des termes qui font désormais partie intégrante de nos quotidiens sériephiliques. S’il est rare que ces projets fassent l’unanimité auprès des téléspectateurs et téléspectatrices en quête de nouvelles sensations, un membre de cette « famille 100% récup » demeure plus craint et haï que les autres : le reboot. Très en vogue auprès des chaînes s’adressant à un jeune public, le reboot est cet adolescent boutonneux qui a un message très important à délivrer: vous êtes devenu.e vieux/vieille !

Le principe est simple : on efface tout pour recommencer sur des bases plus modernes. Exit ces personnages que l’on connaissait par cœur, ces décors que l’on trouvait rassurants et ces codes que l’on pensait intemporels. Un peu comme un enfant qui doit faire face à l’arrivée d’une nouvelle marâtre dans sa maison, nous voici confronté.e.s au monde de 2018 à savoir un univers parallèle terrifiant dans lequel Magnum n’a pas de moustache, dans lequel MacGyver est un jeune branleur prépubère accro aux nouvelles technologies et dans lequel Alexis Carrington vivait à Wisteria Lane. Il n’était dès lors pas étonnant que l’annonce du reboot de Charmed provoque, elle aussi, des réactions de haine (n’ayons pas peur des mots) de la part de ses millions d’orphelin.e.s (avec, au passage, une pluie d’insultes racistes et sexistes à l’encontre des trois nouvelles actrices).

Il est donc intéressant de s’interroger sur ces réactions devenues quasi systématiques : pourquoi a-t-on peur à ce point des reboots? Après tout, nos séries cultes telles qu’on les a connues demeureront inchangées et continueront à nous attendre sagement dans nos tiroirs sous la forme de vieux coffrets DVD à moitié usés. Aucun méchant sorcier ne va débarquer pour les effacer de nos mémoires ou changer les éléments qui nous ont fait tomber amoureux.se.s de ces reliques populaires. Ma théorie est simple :  la réelle crainte de la fan base de Charmed n’est pas que cette nouvelle version soit mauvaise. Non, le vrai enjeu pour ces admirateurs et admiratrices de premier rang est, au contraire, que la qualité réponde au RDV. Imaginons un instant que Madison, Macy et Mel parviennent à rencontrer leur public, que deviendront Paige, Prue, Phoebe et Piper? La réponse, bien que cruelle, est logique : ces dernières seront officiellement reléguées au passé plus de 12 ans après leurs adieux au petit écran.

Pire encore : et si cette nouvelle version changeait négativement le regard du public sur l’originale ? Qu’est ce qui est le plus dérangeant : la couleur de peau des nouvelles protagonistes ou le rappel que Charmed était diffusée à une époque où la diversité ne trouvait pas sa place sur le petit écran ? L’homosexualité d’une des héroïnes de ce reboot ou le fait que les trois sorcières des années 90 étaient toutes des femmes répondant aux critères d’un modèle patriarcal devenu très critiqué aujourd’hui ? Le statut d’étudiantes des nouvelles héroïnes ou l’évolution de la société au cours de ces deux dernières décennies qui fait qu’il est devenu compliqué d’avoir, à 20 ans, la situation professionnelle de rêve qu’abordaient jadis la fratrie Halliwell ?  Qu’arrivera-t-il si l’élève, de par son regard plus actuel sur le monde, parvenait à dépasser le maitre?

Ces questions, ainsi que les craintes qui les entourent, sont légitimes…mais pas irrémédiables. Prenons un cas d’école connu de tou.te.s : James Bond. Depuis 1962, cet univers adapté de l’œuvre littéraire de Ian Fleming ne cesse de briller au sommet des box-offices internationaux. En 26 films, pas moins de sept acteurs ont prêté leurs traits au plus célèbre agent secret de la culture populaire. Un huitième ne devrait pas tarder à s’ajouter à la liste succédant ainsi à Daniel Craig. Pourtant, si vous tendez bien votre oreille, vous constaterez qu’aucune plainte ne retentit sur les réseaux sociaux. Zéro pétition en cours pour que Sean Connery, l’acteur d’origine, reprenne le rôle du haut de ses 88 ans. Aucune menace ou insulte vis à vis de Cillian Murphy lorsque le nom de ce dernier a circulé en février dernier… Et pour cause : au fil de décennies, la franchise est parvenue à faire de cet éternel rebootage une véritable force. Au point que plus personne ne s’offusque lorsqu’un nouvel interprète succède à un autre. Grâce à cette capacité à se renouveler et à aller de l’avant, James Bond est non seulement devenu une franchise cinématographique jamais égalée en terme de popularité mais également une œuvre intergénérationnelle et intemporelle. L’incarnation de Sean Connery aurait elle survécu à l’épreuve du temps si des Pierce Brosnan ou Daniel Craig n’avaient pas suivi pour faire le lien avec les générations plus jeunes ? Peu probable. Et si Charmed ou Buffy devenaient la version James Bond des séries ? Une chose est sûre, cela ne risque pas d’arriver tant que le public ne sera pas disposé à accueillir les nouvelles versions avec un regard bienveillant.

L’euphémisme dans tout cela ? En twittant 7 fois par jour son  dégout face à ce projet de reboot, Corinne (celle de Zemmour) ne fait rien d’autres que d’encourager le système qu’elle décrie tant. Les chiffres sont unanimes : avec plus de trois millions de vues sur Youtube, la bande annonce de Charmed 2.0 est la plus regardée de la rentrée des networks. Succès qu’elle doit sans aucun doute au bad buzz offert gratuitement par toutes les Corinnes de la terre. Pendant ce temps, les séries originales (One Millions Pieces, Single Parents,… soit les productions qu’il faut justement encourager pour lutter contre cette culture du recyclage) ne bénéficient pas de tels coups de pub. Mais bon, ce paragraphe est juste là pour souligner l’absurdité de la situation.

V. Aucun épisode n’a encore été diffusé !

Et en soi, j’aurais pu m’arrêter à cette excuse. La moindre des choses, avant de juger si une oeuvre est qualitativement intéressante ou non est de lui porter un minimum d’intérêt et de la regarder pour se faire sa propre opinion. Chose que semblent avoir oublié beaucoup de fans !

 

 

 

Publicités

Une réflexion sur “« Charmed » : 5 raisons de laisser une chance au reboot !

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s